À la tête de la Société de la francophonie manitobaine (SFM) pendant 30 ans, Daniel Boucher a reçu le 4 juin dernier le prix Boréal en leadership de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA).

Décernés chaque année depuis 1995, les prix Boréal sont l’une des récompenses les plus prestigieuses dans la francophonie hors Québec.

Ils reconnaissent la contribution remarquable d’une personne, d’un organisme ou d’un collectif à l’avancement, au développement et à l’épanouissement des communautés francophones et acadienne du Canada aux niveaux local, provincial/territorial ou national.

« Je suis vraiment fier de recevoir un prix Boréal, parce que ça vient de la FCFA, qui regroupe les Francophones et Acadiens de partout au Canada, confie Daniel Boucher. C’est notre organisme porte-parole ultime, donc c’est très significatif pour moi de recevoir ce prix de la FCFA. »

Quand il a pris sa retraite de la direction de la SFM en août 2024, il avait passé 30 ans à ce poste, et 33 ans au sein de la SFM, travaillant sans relâche – et souvent dans l’ombre – pour faire avancer les dossiers qui serviraient et renforceraient la francophonie.

« Ça a été un beau trajet de petites et grandes victoires, même de transformations, et je suis fier qu’on reconnaisse ce travail-là. »

Au cœur des transformations

S’il devait évoquer ses plus grands dossiers, Daniel Boucher commencerait par le développement de la stratégie pour agrandir l’espace francophone au Manitoba, en 2001.

« Ça a été pour moi un moment très important parce qu’on a débuté une transformation de la communauté, se souvient-il. On s’est ouvert sur le monde.

« Certains se questionnaient beaucoup par rapport à l’ouverture aux anglophones francophiles, et l’immigration francophone n’en était qu’au début, mais les gens ont choisi de faire confiance et d’avancer dans cette nouvelle direction. J’ai été agréablement surpris et fier de la maturité et l’engagement de la communauté pour faire avancer cette stratégie. »

Preuve à l’appui : cinq ans plus tard, en octobre 2006, c’est une personne issue de l’immigration, le Sénégalais Ibrahima Diallo, qui était élu président de la SFM par la communauté.

Et aujourd’hui, son président, Derrek Bentley, est issu d’une famille anglophone.

Le récipiendaire du prix Boréal en leadership rappelle aussi que cette stratégie était non seulement innovante pour le Manitoba, mais aussi pour tout le reste du Canada francophone hors Québec.

Un autre moment transformateur dont Daniel Boucher fut le chef d’orchestre, furent les états généraux de la francophonie manitobaine en 2014-2015, une consultation massive et en profondeur de la communauté qui a entre autres mené à un changement de nom de la SFM pour mieux refléter la communauté de l’époque.

La Société franco-manitobaine est devenue la Société de la francophonie manitobaine.

« C’était un peu la seconde étape de notre stratégie d’agrandissement. On voulait faire le point avec la communauté, voir où on était rendu et où on voulait aller, quels étaient nos besoins, nos aspirations, nos priorités.

« Ça a été un grand succès. On a travaillé avec des partenaires communautaires, comme l’Université de Saint-Boniface, pour établir une stratégie de consultation et d’analyse de données, et la communauté était au rendez-vous. Il y a eu plus de 1 500 interventions pendant les états généraux! Je crois que ça a beaucoup aidé les organismes communautaires à orienter leurs actions dans les années qui ont suivi. »

Une fois encore, sous la direction de Daniel Boucher, la communauté s’arrêtait pour se regarder en face, dans le seul but d’avancer encore plus loin et encore plus forte.

Précisons que l’idée des états généraux ne venait pas de la SFM, mais de la communauté, qui avait alors mandaté la SFM pour la concrétiser.

Une loi pour les francophones

Daniel Boucher croit enfin que son rôle dans l’adoption de la Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine, en 2016, fait aussi partie de ce qui lui a valu de recevoir un prix Boréal.

« Là encore, c’est venu des membres de la communauté, qui réclamaient une loi pour les services en français dans la province. Dans le contexte politique du moment, c’était difficile d’avancer rapidement, mais on ne s’est jamais arrêté de dialoguer avec la Province en vue d’une loi, et de travailler à obtenir des éléments qui pourraient un jour en faire partie. Quand je rencontrais des fonctionnaires, c’était toujours le but ultime. »

Il cite notamment la Loi sur l’Université de Saint-Boniface en 2011 et la Loi sur les centres de services bilingues en 2012.

« Quand on a fait adopter ces lois, on avait espoir qu’à un moment donné, tout se rattache dans une grande loi générale sur la francophonie manitobaine. Ça a pris sept ans de conversations et de travail sans relâche, mais on a eu notre loi! »

La santé dans sa langue

Un autre succès qui rend Daniel Boucher particulièrement fier, c’est d’avoir contribué, en partenariat avec l’Université de Saint-Boniface et Réseau Compassion, alors Corporation catholique de la santé du Manitoba, à créer en 1999 le Centre de santé Saint-Boniface (CSSB).

« J’y ai mis beaucoup de temps personnel. On répondait à un besoin, on offrait un service essentiel direct et de qualité à la communauté dans sa langue. Aujourd’hui encore, quand je vois le CSSB, je suis vraiment fier du modèle qu’on a créé et de la différence que ça a fait dans la vie les francophones. »

Il rappelle que le concept de centre intégré, avec toute une gamme de services disponibles sur place, et des professionnels travaillant ensemble pour mieux desservir la population, était peu commun à l’époque.

En plus de 30 ans, Daniel Boucher et la SFM ont contribué à bien d’autres avancées pour la communauté, dans de multiples domaines.

Sa recette du succès?

« Quelqu’un m’a dit un jour que j’étais zen. C’est vrai, quand les choses n’avançaient pas comme je l’aurais voulu, j’ai su rester calme et y revenir sans jamais me décourager. Et surtout, j’aimais ce que je faisais! » Mais il tient à le souligner, il n’a « pas fait tout ça tout seul  ».

Quels que soient ses succès, il les doit à l’appui de la communauté et des organismes, qui se sont toujours retroussé les manches.

« C’est toujours un travail d’équipe. »

Mais surtout, Daniel Boucher s’est laissé entraîner par l’énergie de toutes les petites communautés si fières, résilientes et persévérantes dans leur francophonie.

« Je me souviens encore, il y a peut-être 25 ans, j’étais à Sainte-Rose-du-Lac où une pièce était présentée en français. Non seulement le spectacle était extraordinaire, mais la fierté de cette communauté était palpable. Pour moi, c’était la définition-même d’une communauté qui ne lâche pas et qui a quelque chose à dire. Ça m’a vraiment inspiré. Je n’oublierai jamais ce soir-là. »

Aujourd’hui, le nouveau lauréat du prix Boréal en leadership se réjouit de voir la Province aller plus loin encore, en travaillant avec la communauté sur une stratégie pour devenir véritablement bilingue.

« C’est le fun d’observer ça de l’extérieur. J’ai beaucoup d’optimisme et de confiance pour l’avenir de la francopho- nie manitobaine », termine Daniel Boucher.