Mais que sait-on réellement de ce virus, de ses modes de transmission et des risques qu’il représente au Canada?
Rare mais potentiellement mortel, l’hantavirus a de nouveau fait parler de lui depuis la confirmation récente d’un cas au Canada.
La Liberté en a discuté avec Mathias Oulé, professeur de microbiologie à l’Université de Saint-Boniface.
« D’abord, il faut savoir qu’il y a plusieurs types d’hantavirus. On les appelle les virus zoonotiques puisqu’ils habitent dans les rongeurs, et c’est lorsque ces rongeurs entrent en contact avec les humains que ça peut causer une maladie humaine », explique Mathias Oulé.
Malgré l’inquiétude suscitée par la situation à bord du navire de croisière, on n’est pas dans un cas similaire à celui du COVID-19, apparu à la fin de l’année 2019.
« Ces virus-là, ils sont quand même très rares, ils ne vont pas provoquer une épidémie comme ce fut le cas il y a quelques années, puisque ça ne se transmet pas aussi facilement. »
Cependant, Mathias Oulé appelle tout de même à la prudence.
« Ils peuvent quand même être très dangereux, puisque le taux de mortalité monte parfois jusqu’à 50 %. »
Même si la contamination entre humains est moins probable, elle n’est pas impossible. En effet, le variant des Andes, présent sur le bateau de croisière, est le seul qui peut se transmettre d’un humain à un autre pour le moment.
« Dans le cas d’un contact prolongé, par exemple, dans le cas de deux membres d’une même famille, entre des partenaires sexuels ou des partenaires intimes, que ce soit par la salive, la sécrétion des organes génitaux, par la sueur, par le sang, etc. C’est à ce moment-là que le virus peut se transmettre entre humains », explique Mathias Oulé.
Selon lui, on est dans un cas différent de celui du COVID-19, qui pouvait se transmettre même avec des particules dans l’air. Les rongeurs ne sont pas en contact fréquent avec les êtres humains, c’est ce qui évite une contamination disproportionnée.
« Ces animaux hébergent le virus mais ils n’en meurent pas. C’est fréquent puisqu’il se trouve dans leur habitat. Mais cela ne tue pas l’animal », souligne le microbiologiste.
Selon ses explications, le hantavirus ne s’attaque pas au système immunitaire des rats ni des souris, par exemple, mais il s’attaque au système immunitaire des êtres humains.
« Chez l’homme, ce virus va infecter, par exemple, les cellules endothéliales et les cellules du système immunitaire telles que les macrophages, ce qui va affaiblir l’être humain. Ce faisant, le virus va aussi bloquer les interférons, des substances antivirales. Ce phénomène n’arrive pas chez les animaux. »
Se protéger pendant la période estivale
Les précautions à prendre sont donc bien différentes de celles qu’on adopterait pour un autre virus.
C’est notamment lorsqu’on entre en contact avec un milieu potentiellement habité par des rongeurs qu’il faut redoubler de prudence.
On pourrait alors être exposés à des particules virales qui proviennent de la salive des animaux ou de leurs excréments, qui peuvent se retrouver dans la poussière.
« Lorsque vous balayez, par exemple, vous pouvez inhaler de la poussière, il y a donc un risque d’inhaler ces particules virales, ce qu’il faut absolument éviter », prévient Mathias Oulé.
Dans un milieu qui peut avoir été habité par des rongeurs, il est primordial de couvrir les aliments et de faire appel immédiatement à des exterminateurs.
En ce début de période estivale, il est d’autant plus important de prendre ses précautions, mentionne le professeur : « C’est la saison où les gens vont commencer à nettoyer leur garage, leur cabanon, leur chalet. Ils vont aller camper, par exemple. C’est des endroits où il peut y avoir des souris. Si quelqu’un veut nettoyer son chalet qui a été fermé tout l’hiver, il est prudent de porter un masque, il faut surtout éviter la poussière en aspergeant avec de l’eau, de l’alcool ou du détergent. »
C’est la même chose lorsqu’on va chercher des morceaux de bois pour allumer un feu de camp, mentionne-t-il, il faut faire attention de ne pas se blesser.
« Ce sont des précautions assez simples qu’il faut prendre pour éviter d’être malade. »
De plus, comme pour beaucoup de maladies, il ne faut surtout pas négliger l’importance de se laver fréquemment les mains.
« Les mains, c’est vraiment le principal véhicule de tous les microbes, les bactéries, les virus. Le hantavirus dont on parle, il peut rester sur des surfaces pendant des jours. Alors si vous touchez une surface contaminée et que vous passez un certain temps sans vous laver les mains, les risques de vous toucher la bouche, le nez et de vous contaminer sont considérables. »
Mathias Oulé précise tout de même que c’est une réalité qui n’est pas propre à ce virus en particulier, mais qui diminue considérablement le risque d’attraper un bon nombre de maladies.
« Le lavage des mains, c’est ce qui a de plus efficace pour se protéger, pour prévenir des infections virales, des infections respiratoires. On ne le dira jamais assez. »
L’état actuel de la situation
Est-ce que la réaction des médias et des gouvernements face à la menace potentielle du hantavirus est disproportionnée? Mathias Oulé pense que ce n’est pas le cas.
« Je crois qu’ils prennent la menace assez au sérieux, explique-t-il. Du moment où l’ONU et l’OMS suivent la situation de près, c’est qu’ils collaborent avec des médecins, font du travail de laboratoire, s’assurent de communiquer les bonnes données, ça permet d’éviter une propagation à grande échelle. »
Par ailleurs, contrairement à ce que l’on a vécu lors de la pandémie de COVID-19, les hantavirus sont assez bien connus du milieu scientifique.
« Lors de la pandémie, le temps de comprendre et d’étudier le virus, l’état d’alerte était déjà élevé. Dans notre cas, on connaît bien le virus, donc on sait comment le contrôler », note Mathias Oulé.
La Liberté a contacté Santé Canada pour une demande d’entrevue concernant l’évolution du virus au pays.
Par voie de communiqué, il a été mentionné que le risque global pour la population générale au Canada demeure faible pour le moment.



