À l’Assemblée législative du Manitoba, le premier ministre Wab Kinew et le député Robert Loiselle ont dénoncé des propos d’un député de l’opposition et affirment leur droit de s’exprimer en français.

Lors de la période de questions le 28 mai à l’Assemblée législative du Manitoba, le premier ministre Wab Kinew a choisi de répondre en français aux questions du député progessiste-conservateur de La Vérendrye, Konrad Narth, portant sur l’abolition de la taxe de vente provinciale (TVP).

Peu après, Wab Kinew s’est levé pour dénoncer des propos tenus hors micro par le même député, qui aurait directement interpelé Robert Loiselle, député de Saint-Boniface, en exigeant une réponse en anglais.

« Cette chambre est une institution bilingue, c’est-à-dire que ça ne dépend pas si la personne a posé la question en anglais ou en français, nous avons le droit, la responsabilité, de répondre en français ou en anglais », a déclaré Wab Kinew.

Le Parti progressiste-conservateur avait nié catégoriquement l’incident.

« D’un point de vue constitutionnel, la situation est très claire », a déclaré Guy Jourdain, avocat spécialisé en droits linguistiques et ancien directeur général du secrétariat des affaires francophones du Manitoba, en entrevue avec La Liberté.

« L’article 23 de la Loi de 1870 sur le Manitoba, qui est d’ailleurs copié sur l’article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867, prévoit que tout député peut s’exprimer en français ou en anglais complètement à sa guise. »

Cependant, selon lui, ce droit se heurte aussi à une tradition davantage présente à l’Assemblée législative du Manitoba, selon laquelle les membres du gouvernement vont généralement répondre aux questions dans la langue utilisée par le député de l’opposition.

« Dans le cas qui nous occupe, selon cette convention, le premier ministre aurait dû répondre en anglais. Mais, comme mentionné, d’un point de vue constitutionnel, le premier ministre Kinew avait entièrement le choix de langue entre le français et l’anglais. »

Malgré l’impossibilité de savoir si les propos ont réellement été tenus, Guy Jourdain tient tout de même à souligner la présence des communautés francophones qui, elles aussi, méritent des réponses aux questions.

« Si l’évènement a bien eu lieu, on pourrait certainement dire que le premier ministre a été irrespectueux envers le député en répondant dans une autre langue. Cependant, un contre argument intéressant, c’est que l’on pourrait aussi dire que le premier ministre a fait preuve de respect envers les communautés francophones de Saint-Pierre-Jolys et de La Broquerie, située dans la circonscription du député qui a posé la question. »

La Société de la francophonie manitobaine (SFM) a quant à elle applaudi le geste posé par Wab Kinew.

« On accueille favorablement et on encourage toujours une utilisation accrue du français à l’Assemblée législative. Pas seulement lorsque c’est des enjeux qui touchent la francophonie, mais vraiment pour tous les dossiers », a déclaré Derrek Bentley, président du conseil d’administration de la Société de la francophonie manitobaine.

Derrek Bentley affirme que, bien qu’il ne soit pas possible d’entendre les propos allégués dans la vidéo du débat parlementaire, si les accusations sont vraies, la SFM espère que le député va s’excuser auprès des francophones de la province.

Cependant, Derrek Bentley tient à rappeler que le français n’est pas un enjeu partisan.

« On a déjà eu des gains, peu importe le parti au pouvoir. Je peux rappeler que la Loi 5 sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine a été adoptée quand les conservateurs étaient au pouvoir. Donc je pense que ça prouve que ce n’est la question de la francophonie dans la province n’est pas une question partisane », a-t-il déclaré.

Dans une publication sur leurs réseaux sociaux, la SFM a également salué le premier ministre Wab Kinew et son initiative d’utiliser le français à l’Assemblée législative.

La Liberté avait demandé une réaction à Wab Kinew, Robert Loiselle ainsi qu’au Parti progressiste-conservateur du Manitoba, mais n’avait pas reçu de réponse à l’heure d’écrire ces lignes.

À noter que depuis cet évènement, le député Konrad Narth s’est excusé pour ses propos.