Lors de la campagne électorale du Premier ministre Mark Carney au printemps dernier, l’une de ses principales promesses était la création de 500 000 nouvelles unités de logement afin de remédier à la pénurie grandissante.

Peu après la victoire des Libéraux, son gouvernement a annoncé la création de Maisons Canada, une nouvelle agence fédérale chargée d’investir la somme impressionnante de 13 milliards $ dans le logement à travers le pays.

Maisons Canada s’est dotée de trois objectifs fondamentaux : construire, offrir du financement et privilégier l’utilisation de la main-d’œuvre et des matériaux canadiens dans le secteur du logement.

Elle a également lancé quatre projets initiaux, dont un projet pilote visant à construire 4 000 unités de logements sur des terrains fédéraux dans six villes à travers pays, dont Winnipeg.

La Loi sur Maisons Canada, qui visait à transformer Maisons Canada en société d’État, a reçu la sanction royale le 19 juin.

Une première étape importante qui sera suivie de décrets en conseil et de nomination de dirigeants afin que l’organisation puisse mettre en œuvre ses projets de logement plus rapidement.

Mais malgré ces avancées politiques, une grande partie du projet Maisons Canada reste floue et « avance à petits pas », selon Shauna MacKinnon, professeure au département d’études urbaines et des quartiers défavorisés de l’Université de Winnipeg.

La question du logement social

« Le projet Maisons Canada présente un certain potentiel, dit-elle, mais nous devenons de plus en plus sceptiques à mesure que la politique se met en place, car il n’y est pas fait mention du logement social. »

Les logements abordables et les logements sociaux sont définis différemment.

Alors que les logements abordables sont basés sur des critères fixés par le gouvernement et ne sont pas nécessairement abordables pour les locataires à faibles revenus, les logements sociaux, eux, garantissent que même les personnes aux revenus modestes puissent se loger, notamment en proposant un loyer ne dépassant pas 30 % de leurs revenus.

Selon Shauna MacKinnon, Maisons Canada mesure l’accessibilité financière en définissant cinq tranches de revenus qui tiennent compte du revenu médian des ménages au niveau régional.

« Cela nous préoccupe, car ils devraient plutôt se baser sur le revenu des locataires, dit-elle. Le revenu moyen d’un locataire est bien inférieur à la moyenne de l’ensemble des ménages, ce qui fait grimper cette moyenne d’accessibilité financière. »

Par ailleurs, Maisons Canada indique vouloir voir des propositions de logement proposant des options pour plusieurs tranches de revenus, mais aucun objectif précis n’a été fixé.

Cela signifie qu’il n’y a aucune attente de la part du gouvernement fédéral quant au nombre de logements qui seront construits et qui s’adresseront spécifiquement aux personnes à faibles revenus, le groupe qui a le plus besoin d’un logement et sur lequel la crise du logement a les plus grandes conséquences.

Autre élément absent de la proposition actuelle : les subventions couvrant les coûts d’opération.

Étant donné que le logement social implique des loyers indexés sur les revenus, les loyers perçus auprès des locataires ne suffisent généralement pas à couvrir les coûts soulevés par l’opération des logements, comme l’entretien et les rénovations.

Ces dernières années, le gouvernement fédéral a cessé de prendre en charge ces coûts, qui relèvent désormais de la compétence des provinces.

« Le problème, c’est que, à moins que la province n’intervienne, les projets vont se poursuivre sans qu’aucun logement à loyer très modéré ne voie le jour. »

Terrains fédéraux

L’un des aspects du projet Maisons Canada qui a été salué par les organisations communautaires est le projet pilote visant à construire sur des terrains fédéraux.

À Winnipeg, le gouvernement fédéral est propriétaire d’une partie de Naawi-Oodena, un terrain qui abritait autrefois la caserne Kapyong.

Dans le cadre d’un accord avec les Nations du Traité n° 1, environ les deux tiers du terrain ont été attribués aux communautés autochtones, le tiers restant étant la zone sur laquelle Maisons Canada prévoit de construire environ 320 logements dans le cadre de son projet pilote initial sur les terres fédérales.

« C’est une bonne chose, car cela permet de réduire les coûts », explique Shauna MacKinnon.

Elle craint toutefois que, malgré l’accès plus facile à la construction de logements sur les terres fédérales grâce à la baisse des coûts et à l’accélération des procédures administratives liées à la propriété foncière, ces économies ne se traduiront pas nécessairement par une baisse des loyers.

« Dans l’ensemble, la politique doit inclure le logement social. L’OCDE a mené des recherches qui montrent que les pays qui disposent de l’offre de logements la plus saine sont ceux qui possèdent une offre de logements sociaux le plus solide. »

Alors que la législation en lien avec ce programme est encore en cours d’élaboration, Shauna MacKinnon et d’autres défenseurs du logement social à travers le pays continuent de faire pression pour que le logement social soit inclus dans le projet de loi C-20, afin de tenir le gouvernement fédéral responsable de la création de logements pour les locataires à faibles revenus, une population vulnérable dont la taille augmente compte tenu de la hausse du coût de la vie.

Initiative de journalisme local