Cette loi a été adoptée à la suite des recommandations du Sous-comité des ratios infirmier-malade du Manitoba, fruit d’une collaboration entre la Manitoba Nurses Union (MNU), des représentants du gouvernement et des employeurs du secteur de la santé.
Dans le cadre de ses travaux de consultation, le comité a mené des sondages auprès d’un total de 4 831 infirmières et infirmiers à travers la province concernant leur charge de travail, la gravité des cas, les besoins en personnel et la sécurité au travail.
« Cette loi et ce cadre traduisent l’expertise des équipes de première ligne en mesures concrètes, une étape essentielle dans l’amélioration du réseau de santé publique du Manitoba, dit Uzoma Asagwara, ministre de la Santé, des Aînés et des Soins de longue durée.
« Nous avons pleinement confiance dans les recommandations formulées par le comité et dans les données qui étayent la nécessité de ratios infirmières-patients sûrs », dit Darlene Jackson, présidente de la MNU.
« Des décennies de recherche démontrent qu’une dotation en personnel adéquate améliore les résultats pour les patients, réduit l’épuisement professionnel, favorise la fidélisation du personnel et crée des lieux de travail plus sûrs tant pour les patients que pour les professionnels de santé. »
Cette loi fait du Manitoba la première province du pays à établir des ratios infirmières-patients à travers un cadre législatif, puisque les ratios de la Colombie-Britannique avaient été établis via un accord entre les syndicats d’infirmières et le ministère de la Santé.
L’expérience du système de santé de la Colombie-Britannique en ce qui concerne les ratios infirmier-malade a d’ailleurs été fortement consultée et analysée afin d’éclairer les recommandations du rapport final concernant leur application au Manitoba.
Les recommandations prévoient des ratios spécifiques pour chaque service de santé.
Par exemple, le service de santé mentale pédiatrique prévoit un ratio de 1 pour 3, soit un maximum de trois patients par infirmière, tandis que les soins intensifs aux urgences ont un ratio de 1 pour 1.
Des recommandations spécifiques ont également été formulées pour les établissements de santé ruraux et dans le Nord de la province afin de s’adapter aux réalités en matière de dotation en personnel et de nombre de patients.
Toutefois, selon Darlene Jackson, ces recommandations ont été élaborées dans le but de « garantir des niveaux de dotation en personnel sécuritaires pour tous les Manitobains, dans tous les milieux de soins et toutes les régions de la province », sans tenir compte spécifiquement des besoins des membres des différents groupes linguistiques.
Bien qu’elle ajoute que le plan de mise en œuvre du gouvernement devrait tenir compte des besoins des divers groupes minoritaires de la province, incluant ceux de la communauté franco-manitobaine, il n’y a eu aucune mention spécifique des besoins en personnel francophone.
Une première étape
Si la MNU salue l’adoption des recommandations du rapport final à travers cette loi, elle maintient tout de même que le travail n’est pas encore tout à fait terminé.
« Une mise en œuvre réussie nécessitera des investissements importants en matière de personnel, d’infrastructures, de planification des effectifs, de programmes de mentorat et d’engagement continu auprès des infirmières de première ligne, explique Darlene Jackson.
« Il s’agit avant tout de créer des environnements de travail plus sécuritaires afin que les infirmières puissent être fières des soins qu’elles dispensent et se sentir soutenues sur leur lieu de travail. »
En plus de la mise en place de ratios infirmier-malade, le rapport final du comité comprenait plusieurs autres recommandations, notamment l’élaboration d’un cadre spécifiquement adapté aux réalités des régions nordiques et rurales et l’offre de ressources pour créer davantage de postes de mentorat pour appuyer les nouvelles infirmières et prévenir l’épuisement professionnel chez les infirmières plus expérimentées.
Le rapport recommande également la mise en place d’un système d’évaluation indépendant pour suivre la mise en œuvre, ainsi qu’une évaluation et un suivi continus afin de garantir que la province demeure à l’écoute des besoins des infirmières à mesure qu’ils évoluent.
Le calendrier de mise en œuvre de la loi n’a pas encore été décidé par le gouvernement, mais le rapport final mentionne que la prochaine étape consiste à élaborer un plan de gouvernance officiel.
Selon Darlene Jackson, bien que la MNU reconnaît que les prochaines étapes nécessiteront « une approche progressive et coordonnée », elle affirme que les infirmiers et infirmières du Manitoba « attendent avec impatience des échéances claires ».
« Les infirmiers et infirmières attendent depuis longtemps des améliorations significatives en matière de dotation en personnel, et il faut que cette dynamique se poursuive. »
Initiative de journalisme local


