Par Michel LAGACÉ 

Juriste de renommée internationale, sa carrière s’étend sur plus de cinq décennies durant lesquelles elle a fait partie des plus hauts tribunaux du pays et occupé des postes internationaux qu’aucun Canadien n’avait atteints avant elle. Passionnée par le droit, elle s’est démarquée par ses luttes contre les abus du pouvoir. Elle se dit toujours profondément marquée par le recours à la Loi sur les mesures de guerre durant la crise d’octobre de 1970 alors que des centaines de personnes ont été arrêtées et emprisonnées arbitrairement.

Sur le plan international, elle a créé un précédent remarquable comme procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie des Nations unies lorsqu’elle a lancé des mandats d’arrêt contre Slobodan Milošević, alors président de la République fédérale de Yougoslavie, et quatre co-accusés pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Il a fallu une longue évolution du rôle du poste de gouverneur général pour qu’il devienne une institution véritablement canadienne. Avant la Confédération de 1867, le gouverneur général était un exécutant du gouvernement impérial et répondait au ministère des colonies de la Grande-Bretagne. À partir de 1867, il était un lord, un vicomte ou un comte britannique qui devait respecter les souhaits du Premier ministre canadien dans toutes les questions internes. Au niveau des affaires extérieures, le Canada était une colonie qui suivait la politique britannique jusqu’au statut de Westminster de 1931, lorsque le gouverneur général est enfin devenu le représentant personnel du souverain.

Ce n’est qu’en 1952 qu’un Canadien fut nommé au poste de gouverneur général. Ancien diplomate, Vincent Massey avait dirigé une commission royale sur les arts entre 1949 et 1951, produisant un rapport qui a mené à la création de la Bibliothèque nationale du Canada et du Conseil des arts du Canada. C’est alors que la tradition d’alterner entre un gouverneur général anglophone et un gouverneur général francophone a vu le jour.

Le lien historique et symbolique entre la Couronne britannique et le poste de gouverneur général demeure à ce jour. Pour cette raison, il n’est pas surprenant de retrouver une certaine ambiguïté par rapport au poste, particulièrement parmi les Québécois qui y voient un rappel du colonialisme du passé.

Par ailleurs, le choix du gouverneur général peut provoquer des griefs. Par exemple, le National Post s’est soudainement fait le porte-parole de l’Ouest canadien en se prononçant contre la nomination, soulignant qu’un gouverneur général originaire de l’Ouest n’avait pas été nommé depuis 30 ans. Évoquant le sentiment séparatiste grandissant en Alberta, le journal torontois a soutenu que la nomination d’un gouverneur général venant de l’Ouest aurait dû être une priorité absolue.

Il y a dans ces commentaires quelque chose de bien canadien : on formule un grief quelconque, on se plaint, on dénonce, mais au fond, on doit reconnaître que le Premier ministre, Mark Carney, a choisi une personne qui saura lui porter conseil et qui représentera très dignement le pays durant son mandat.