Il est estimé que moins de 2 000 personnes parlent le mitchif au Canada aujourd’hui.
Mais un nouveau long métrage de la réalisatrice métisse Gail Maurice pourrait non seulement contribuer à sa revitalisation, mais aussi la faire découvrir à un nouveau public qui ignorait jusqu’à présent son existence.
Blood Lines raconte l’histoire de Béatrice, une conteuse métisse et employée de station-service, à travers deux récits. Le premier est un drame familial centré sur les retrouvailles tendues entre Béatrice et sa mère, dont elle s’est éloignée.
Le second récit raconte l’histoire de la relation amoureuse qui se noue entre Béatrice et Chani, une nouvelle venue dans le village où vivent Béatrice et sa mère. Chani est à la recherche de sa propre famille, dont elle a été séparée de force alors qu’elle était encore toute petite.
Le scénario du film a été écrit il y a 20 ans, mais il aurait rencontré des difficultés de financement en raison de son thème LGBTQ+. Gail Maurice, qui s’identifie elle-même comme queer, devait initialement incarner Béatrice, car l’histoire s’inspirait de ses propres expériences et préoccupations.
Au moment où le film est entré en production, elle a préféré endosser le rôle de la mère de Béatrice, ce qui a permis aux deux intrigues de revêtir une importance égale dans le film.
Enfin, le film a été présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto en septembre 2025. Lors de sa projection, il s’est notamment démarqué par ses thèmes sur la réconciliation familiale, l’intersection entre les expériences queer et l’appartenance ethnique, ainsi que des impacts du colonialisme sur les communautés autochtones.
Surtout, la place prépondérante accordée au mitchif (33 % du film est tourné dans cette langue) a suscité beaucoup d’intérêt.
Il n’est, cependant, actuellement disponible sur aucune plateforme de streaming, et n’a été projeté que brièvement en salle à Winnipeg ce printemps.
C’est notamment pour cette raison que sa présence dans la sélection des longs métrages du Gimli International Film Festival (GIFF) 2026 mérite tout particulièrement d’être soulignée.
Les projections à Gimli
David Knipe, programmeur en chef du festival depuis 2015, se dit très fier de pouvoir présenter ce film lors de sa 26e édition.
« Il est assez rare de voir des films canadiens relativement grand public présentés dans une langue autochtone. Et c’est d’autant plus vrai pour le peuple métis ici, dans les Prairies, qui ne voit pas toujours sa culture représentée à l’écran. Nous avons estimé qu’il était essentiel d’apporter ce sentiment de représentation et d’appartenance. »
Outre cet aspect important, il précise avoir également choisi ce film parce qu’il s’agit d’une romance estivale agréable à laquelle de nombreux jeunes – en particulier les jeunes Métis – peuvent s’identifier.
Il espère également que davantage de films autochtones seront présentés au festival dans les prochaines années.
Cette célébration dépasse le cadre de l’écran grâce à la présence de Gail Maurice au festival. La réalisatrice sera présente lors de la première projection du film le 24 juillet, et participera également à une séance de questions-réponses avec les festivaliers.
Selon lui, le caractère communautaire du festival, et les échanges directs entre les cinéastes et le public, permettent également de faire découvrir ces histoires et ces réalités à des personnes qui les connaissent peu.
Il trouve que ce film, ainsi que les autres films autochtones présentés dans la programmation, agissent comme « l’occasion parfaite pour les personnes non autochtones d’apprendre, de mieux comprendre et d’être accueillies dans cette expérience unique. »
Dans le même cadre, il exprime son effort de programmer des films dans plusieurs langues, y compris le français. Bien qu’il n’ait pas réussi à programmer des films uniquement franco-manitobains cette année, il demeure à la recherche de nouveaux courts et longs métrages à inclure à l’avenir.
Il espère également voir davantage de films autochtones présentés au festival dans les prochaines années. Selon lui, la création de nouvelles œuvres dans ces langues rares est une tendance qu’il souhaite voir se poursuivre.
« De nos jours, on s’intéresse beaucoup plus à la préservation des langues autochtones, alors j’espère vraiment que les institutions culturelles au Canada – et en particulier ici, au Manitoba – continueront à soutenir la création artistique en mitchif et dans d’autres langues autochtones. »
« Je ne sais pas si cela se produira, mais j’espère vraiment que ce sera le cas. »
Blood Lines sera présentée à GIFF le vendredi 24 juillet au Gimli Theatre, ainsi que le dimanche 26 juillet à la Première église fédérée de Gimli.

