Un rapport de Statistique Canada, publié en juillet, a analysé la perception des Canadiens face aux changements climatiques en s’appuyant sur des données recueillies en 2025.
L’étude met de l’avant plusieurs points saillants.
Plus de la moitié des Canadiens (53 %) se déclarent « très » ou « extrêmement » préoccupés par les changements climatiques.
Près d’un tiers (30 %) des Canadiens ressentent du stress lié au climat au moins une fois par mois, un phénomène particulièrement marqué chez les femmes et les jeunes adultes.
Il est aussi montré qu’il existe un lien direct entre le niveau d’inquiétude et la probabilité de prendre des mesures individuelles.
Quand le sort de la planète crée de l’angoisse chez des individus, cela peut être appelé de l’écoanxiété.
Un phénomène que connaît bien Maxime Boivin, chercheuse en science du comportement, spécialisée en changements climatiques, à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).
Ses projets de recherche portent justement sur l’écoanxiété, la littératie climatique, la communication des changements climatiques, la vulnérabilité et les enjeux de santé mentale relatifs aux changements climatiques.
« Vivre avec de l’écoanxiété et souffrir d’écoanxiété »
La Liberté l’a interrogée sur certains des faits saillants présentés dans l’enquête de Statistique Canada.
« L’écoanxiété est une réponse normale par rapport à une menace ou un risque qui est réel. Donc les changements climatiques, on le sait, sont réels.
« C’est simplement être conscient de ce qui se passe. Je ne suis pas surprise.
« C’est logique quand on voit ce que représentent les changements climatiques, les risques qu’ils représentent qu’il y a une réponse à ça. Mais pour l’écoanxiété, il y a une distinction à laquelle il faut faire attention entre vivre avec de l’écoanxiété et souffrir d’écoanxiété. »
Mais, comme le montre l’un des résultats de l’étude, « ce n’est pas parce qu’on vit de l’écoanxiété que ça devient automatiquement paralysant », affirme Maxime Boivin. « Au contraire, ça peut vraiment être une étincelle pour l’action », indique la chercheuse.
Maxime Boivin alerte tout de même : il est important de trouver le bon équilibre dans l’action pour éviter le découragement.
« En effet, à des niveaux plus élevés, ça peut devenir démobilisant, ça peut alourdir.
« Par rapport au changement climatique, l’on n’est pas dans une situation qui peut être réglée avec l’action simple. C’est un problème qui est récurrent.
« Le problème va perdurer au-delà de l’action. Car, l’on peut agir et avoir l’impression que ça ne change rien ou que ça ne fait pas une assez grosse différence.
« Donc il faut être capable de travailler aussi sur la réorganisation, voir les choses d’une manière qui va être moins décourageante, tenir compte à la fois du positif, tout en reconnaissant les difficultés associées à la situation.
« Ça ne veut pas dire de tomber dans la complaisance pour autant, mais simplement être capable de voir qu’on n’est pas seul à agir, que plusieurs autres contribuent aussi avec nous pour nous donner un peu d’espoir par rapport ça. »

L’écoanxiété, un phénomène qui prend de l’ampleur
Que ce soit au Manitoba ou dans le reste du Canada, les dernières années, qui ont été marquées par des évènements climatiques d’ampleur, ne devraient pas faire reculer l’écoanxiété chez certains.
Néanmoins, il reste un phénomène qui a longtemps été incompris.
« C’est un sujet qui a pris beaucoup d’ampleur dans les dernières années », lance Maxime Boivin.
« Pendant longtemps, il y avait une sorte, même si elle est moindre aujourd’hui, de stigmatisation par rapport à l’écoanxiété, qui semblait perçue comme un mal imaginaire, quelque chose qui n’est pas réel.
« Là, il y a cette reconnaissance, ce qui peut beaucoup aider les personnes qui vivent de l’écoanxiété.
« Après, pour les personnes qui souffrent d’écoanxiété, pour qui le niveau est très élevé, il y en a beaucoup moins. Ce n’est pas une grande proportion.
« De manière générale, l’écoanxiété semble relativement bien vécue, mais c’est sûr que ça peut être lourd à porter à plus long terme, parce que ça les changements climatiques sont là pour rester.
« C’est donc un stress qui peut s’accumuler avec le temps, qui refait surface régulièrement, et qui peut donc paraître lourd pour les individus. »