La fermeture annoncée du consulat américain à Winnipeg pourrait compliquer la vie de nombreuses familles américaines établies au Manitoba, tout en fragilisant un lien diplomatique important entre les deux pays.
Pour Andrea Charron, professeure à l’Université du Manitoba, cette décision envoie un mauvais signal quant à l’état actuel de la relation canado-américaine.
Le gouvernement américain a annoncé récemment son intention de fermer cinq consulats à l’étranger.
C’est à Winnipeg que se trouve le seul établissement en sol canadien touché par cette mesure.
C’est dans le but de réduire ses dépenses que le département d’État a pris la décision de transférer les responsabilités diplomatiques du consulat manitobain à l’ambassade, située à Ottawa.
En entrevue avec La Liberté, Andrea Charron, professeure de sciences politiques à l’Université du Manitoba et directrice du Centre de recherche sur la défense et la sécurité, affirme y voir un mauvais signal.
Selon elle, cette mesure impactera en premier lieu les familles américaines établies dans la province et qui bénéficiaient des services du consulat.
« On a un nombre important de militaires américains établis sur notre territoire avec leurs familles. Le quartier général du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) au Canada est situé à Winnipeg. Le consulat offrait aux américains qui y travaillent un accompagnement important. »
Que ce soit pour l’inscription de leurs enfants à l’école, l’administration de soins de santé ou toute autre forme d’accompagnement en sol étranger, bon nombre de familles se retrouvent prises au dépourvu.
Un lien diplomatique qui s’effrite
Madame Charron n’achète pas l’argument américain qui justifie une telle décision sur une volonté de réduire les dépenses de l’État.
« C’était vraiment un petit personnel, il n’y avait pas beaucoup d’employés, donc je ne vois pas vraiment où sont les économies. »
Au contraire, elle affirme qu’il était bénéfique pour les États-Unis d’avoir une présence au Manitoba.
« Ça offrait des services aux entreprises, ce qui bénéficiait aux relations commerciales pour les deux pays. »
Selon elle, cette nouvelle est passée inaperçue auprès des Manitobains car peu de personnes savent réellement la différence qu’un tel établissement fait dans leur ville.
« Plusieurs personnes ont l’air de négliger ce genre de bureaux car ils pensent que ça peut seulement servir aux citoyens américains. Pourtant, c’est ce qui donne des opportunités aux entreprises d’ici et ça permet aux Américains de mieux connaître notre province. Nos relations avec les États-Unis ne peuvent pas être les mêmes que celles qu’ils ont avec l’Ontario. Nos industries sont différentes, nos intérêts économiques sont différents. »
C’est cela qui a motivé Andrea Charron à écrire un article d’opinion dans le Winnipeg Free Press pour dénoncer une telle décision.
« C’est important que les Manitobains et les gens de Winnipeg sachent ce que l’on est en train de perdre. »
Un symbole des relations canado-américaines
D’après la chercheuse, cela en dit beaucoup sur l’état des relations avec les États-Unis.
« C’est un autre signe que le gouvernement américain veut montrer à quel point ils sont fâchés. C’est une façon de prouver leur point. Ils avaient cinq consulats à fermer, donc bien sûr qu’ils allaient en choisir un au Canada. »
Jadis un symbole fort du partenariat entre les deux pays, le consulat américain à Winnipeg a ouvert en 2001, suite aux attentats du 11 septembre.
« On arrive au vingt-cinquième anniversaire du 11 septembre, un triste évènement où le Canada a pu réaffirmer sa solidarité envers les États-Unis. »
L’avenir du consulat à Winnipeg est maintenant entre les mains du Congrès des États-Unis.
Les représentants élus, en majorité républicains, devront trancher sur la proposition du département d’État.
« Le Congrès et le département d’État, qui est l’équivalent de notre ministère des Affaires étrangères, ont des liens très étroits, donc je ne suis pas très optimiste qu’ils renversent la décision. J’espère cependant que les élus auront toute l’information devant eux, en particulier concernant la présence du NORAD, et qu’ils prendront conscience que, si le consulat ferme, les premières personnes impactées seront les Américains au Manitoba. »
