Alors que les Manitobains seront appelés aux urnes cet automne, plusieurs municipalités espèrent attirer de nouveaux candidats.

Entre une charge de travail importante, une rémunération limitée et des responsabilités parfois méconnues, plusieurs hésitent à faire le saut en politique.

La Liberté a voulu comprendre ce qui motive — ou freine — ceux qui songent à se présenter.

Ce n’est pas facile de se lancer en politique, surtout lorsqu’on débute dans le milieu.

Pour les municipalités, la gouvernance locale est primordiale, mais avec tous les défis qu’elle peut soulever, il est légitime de se demander qui voudra encore se présenter.

La Liberté en a discuté avec différents acteurs du milieu afin de connaître les motivations des candidats et de s’intéresser à l’importance des élus municipaux.

Une réalité souvent méconnue

Richard Chartrand, préfet sortant de Saint-Laurent, se souvient bien de ses débuts en politique municipale, il y a tout juste quatre ans.

« On m’avait dit qu’être préfet c’était deux rencontres par mois. Ce n’était pas correct, rigole-t-il, il y a des fois où nous avons six à huit meetings par mois. En juin dernier, par exemple, il y a eu près de 25 évènements auxquels j’ai participé. »

Il comprend donc assez bien, aujourd’hui, pourquoi certaines personnes peuvent hésiter avant de faire le grand saut dans l’arène politique.

« C’est normal de craindre de ne pas avoir les connaissances nécessaires, de penser qu’on ne peut pas y faire grand-chose. » Cependant, il estime qu’il est très important d’attirer dans le domaine public des gens de tous âges, ce qui peut parfois s’avérer compliqué.

« Un des défis pour les gens qui aimeraient se présenter, c’est que nos réunions sont souvent en semaine, au milieu de la journée, ce qui peut être compliqué pour des jeunes élus avec une famille et un travail à temps plein. »

Pour sa part, il était déjà retraité lorsqu’il s’est lancé en politique municipale.

Il affirme toutefois que les francophones ont intérêt à s’intéresser davantage aux enjeux de leurs communautés, notamment dans les municipalités bilingues.

« J’encourage tout le monde, homme ou femme, de tous les âges qui ont à cœur leur municipalité, d’y réfléchir. »

Cependant, il sait très bien que ce n’est pas toujours simple.

« Je pense qu’il faudrait mettre des incitatifs pour permettre aux gens de se porter candidats. Peut-être aussi donner un cours aux candidats pour qu’ils sachent dans quoi ils s’embarquent. »

Mieux préparer les futurs candidats

Denys Volkov, directeur exécutif de l’Association des municipalités du Manitoba (AMM), affirme également qu’il est nécessaire d’accompagner les candidats.

Denys Volkov est le directeur exécutif de l’Association des municipalités du Manitoba (AMM).
Denys Volkov est le directeur exécutif de l’Association des municipalités du Manitoba (AMM). (photo : Marta Guerrero)

« Beaucoup de personnes ne comprennent pas le rôle du conseil municipal. Chaque candidat devrait être capable de savoir ce qui l’attend. C’est pour cela que l’on fournit des ressources pour les épauler.

Ainsi, l’AMM conçoit des guides et publie des vidéos auxquelles les candidats peuvent se référer pour en apprendre davantage sur les fonctions qu’ils espèrent exercer.

Selon Denys Volkov, il y a également un écart important entre le travail exigé et la rémunération.

« En dehors de la ville de Winnipeg, ce n’est pas un travail à temps plein, donc les conseillers se retrouvent à jongler avec plusieurs emplois. »

La rémunération offerte n’est donc pas assez attrayante pour compenser le travail demandé, ce qui peut refroidir certains candidats.

« Quand les gens comparent la compensation financière à ce que le travail demande d’eux et le temps qu’ils auront à investir, c’est là que plusieurs décident de passer leur tour », explique-t-il.

Cela mène donc à une scène municipale qui favorise les personnes retraitées, au détriment des jeunes et particulièrement des femmes.

Selon les données de l’AMM, lors des élections municipales de 2022, 289 femmes se sont portées candidates et 172 ont été élues.

Cependant, dans l’ensemble de la province du Manitoba, seulement 22 municipalités ont élu une femme pour diriger le conseil municipal.

Dû à quelques démissions en cours de mandat, ce chiffre s’élève maintenant à 19.

Attirer une nouvelle génération d’élus

Pour pallier ce problème, le conseil d’administration de l’AMM se dote d’une stratégie pour interpeler les jeunes. Selon Denys Volkov, cela commence par intéresser davantage la population générale à la politique municipale.

« On parle souvent de la politique provinciale ou fédérale, mais on devrait parler davantage de ce qui se passe au municipal. Les décisions au municipal affectent directement le quotidien des gens. Si on arrive à faire comprendre cela, davantage de personnes s’intéresseront à la politique municipale. »

Il affirme également que l’AMM souhaite voir davantage de femmes dans les conseils municipaux.

« C’est au centre des priorités. Nous avons fait un rapport sur le sujet, avons tenu un évènement à Brandon au printemps pour les femmes en gouvernance municipale. »

Des efforts qui semblent porter des fruits d’après ce que constate le directeur exécutif de l’AMM.

« Il y a eu une amélioration dans les dernières années, bien qu’il y ait encore du travail à faire. »

D’après Denys Volkov, il est important pour les élections municipales à venir d’avoir des candidats implantés dans leurs communautés et qui y connaissent bien les enjeux.

« J’encourage ces personnes à faire le saut. Seuls ceux qui résident dans nos municipalités peuvent savoir ce qu’il y a de meilleur pour elles. »