Alors que la lecture et la littératie sont en recul chez les jeunes comme chez les adultes, la Maison Gabrielle-Roy lance le premier Festival du livre francophone du Manitoba, un évènement de onze jours consacré à la littérature et à la vitalité de la langue française.
Juste à temps pour la rentrée littéraire de 2026, la Maison Gabrielle-Roy et ses partenaires à travers le quartier accueilleront plusieurs amoureux et amoureuses de la lecture francophone pour l’édition inaugurale du Festival du livre francophone du Manitoba.
Réparti sur onze jours et dans plusieurs lieux, l’évènement gratuit vise à accueillir des lecteurs francophones de tous âges, tout en mettant à l’honneur les figures francophones qui contribuent à la continuité de la langue à travers la littérature.
Parmi les activités proposées par les organisateurs figure une pièce de théâtre radiophonique de J.R. Léveillé, présentée en collaboration avec le Théâtre Cercle Molière et Envol 91 FM.
Une table ronde sur la littérature jeunesse fera également partie de la programmation de l’évènement, décrit comme une occasion pour les jeunes de « sortir des écrans, entrer dans les livres ».
Cette rencontre sera animée par Morgane Lemée, journaliste multiplateforme de La Liberté.
Dans le cadre de Nuit Blanche, le festival organisera aussi la 22e édition du jeu d’improvisation créative La plume et le pinceau, au cours de laquelle trois auteurs et autrices feront dialoguer leurs mots avec des dessins créés par trois artistes visuels.
L’activité phare du festival est le Salon du livre francophone jeunesse et adulte, qui se déroulera les 19 et 20 septembre à l’Université de Saint-Boniface.
Lors du salon, plusieurs auteurs, autrices, libraires et maisons d’édition seront présents afin de partager leurs projets littéraires, de revenir sur leurs parcours et d’inspirer les participants à la lecture francophone.
Une programmation scolaire est également organisée avec quatre auteurs et autrices, qui iront à la rencontre des élèves dans quatre écoles d’immersion afin de leur faire découvrir leurs livres pour la jeunesse.
Une célébration indépendante
En tant que directeur général de la Maison Gabrielle-Roy, Sébastien Gaillard est également l’organisateur principal du festival.
Il souligne qu’il s’agit de la première édition de l’évènement, bien que, par le passé, l’équipe ait dû travailler avec le festival Thin Air / Livres en fête afin d’organiser des activités consacrées à la littérature francophone.
Concernant cette décision, il avoue que « l’équilibre n’était pas tout-à-fait là pour les livres francophones », et explique également ne pas avoir envie de « traduire toutes les activités pour un public anglophone, alors que les gens ne peuvent pas venir à ces activités. »
« Cette année, nous sommes complètement indépendants. Tous nos partenaires sont des partenaires francophones. Ça laisse aux francophones, ou aux gens qui sont intéressés par la langue française, venir célébrer la langue », déclare-t-il.
Sébastien Gaillard se dit reconnaissant de l’aide des commanditaires et partenaires du festival pour une raison essentielle : sans eux, il avoue qu’il n’y aurait aucune chance que l’évènement ait lieu, et c’est dit sans aucune hyperbole.
« La majorité du festival est organisé et animé bénévolement – c’est-à-dire, j’ai plusieurs soutiens de personnes qui vont s’impliquer artistiquement dans le festival, mais qui ne demandent pas de cachet pour pouvoir le réaliser. »
Selon lui, ceux et celles qui ne reçoivent pas de cachet pour leurs contributions, lui inclus, ont pris cette décision eux-mêmes afin de permettre au festival d’allouer ses fonds de manière appropriée.
Il se dit surtout reconnaissant de l’appui des Éditions du Blé, du Centre d’études franco-canadiennes de l’Ouest (CEFCO), de l’Association des auteur·e·s du Manitoba français et de la Librairie À la page.
« Ce sont des groupes qui reçoivent rarement leurs fleurs, alors j’espère qu’ils auront la chance de briller lors de ce festival maintenant », souhaite-t-il.
Il note également que cette édition du festival rend hommage à Charles Leblanc, l’écrivain et comédien franco-manitobain décédé en juin de cette année.
Charles Leblanc a travaillé pendant une vingtaine d’années avec le festival Thin Air / Livres en fête, notamment en tant que membre du conseil d’administration.
« À Charles Leblanc, poète disparu le 27 juin 2026, dont les mots continuent de nous accompagner : cette édition du Salon du livre francophone lui est dédiée », peut-on lire en tête de la section des remerciements du programme du festival, une dédicace que Sébastien Gaillard souligne avec sincérité.
Une responsabilité linguistique
On pourrait facilement croire que tout cela découle d’une passion pour ce métier, mais selon Sébastien Gaillard, ce n’est pas tout à fait exact.
Il préfère plutôt considérer ce travail comme une volonté et une responsabilité envers l’avenir de la langue de Molière au Manitoba, sans lesquelles la culture francophone risquerait de sombrer dans l’oubli.
C’est une responsabilité qu’il voit ressortir des enseignements de Gabrielle Roy elle-même.
Quant à cette inspiration, il cite son œuvre célèbre Ces enfants de ma vie et les histoires qu’elle y raconte au sujet de ses élèves.
« Elle enseignait à des élèves de tous âges. Mais rares étaient ceux qui parlaient couramment le français. Gabrielle Roy, elle, adorait ça, et elle aidait ces jeunes à améliorer leur français. Peut-être était-ce une passion chez elle, mais il est clair que, par-dessus tout, elle en avait la volonté. »
Il remarque également un recul global de la littératie, qui touche non seulement les étudiants qui entrent dans les établissements postsecondaires sans savoir comment lire, mais aussi les lecteurs adultes qui perdent leurs capacités de lecture en raison de l’avènement des nouvelles technologies dans la vie quotidienne.
« La construction cognitive d’un individu, et surtout d’un petit enfant, c’est très pervers et c’est très, très dangereux avec des écrans.
« Dans la construction intellectuelle, le livre peut beaucoup aider les enfants et les adolescents. De plus, la lecture chez les adultes aide à prévenir certaines maladies », propose-t-il comme objectif.
Enfin, la fierté francophone et la question des droits linguistiques ressortent également de la conversation.
En particulier, les demandes faites par le président Donald Trump lors des discussions commerciales avec le premier ministre Mark Carney visant à réduire les droits du français au Canada semblent motiver davantage Sébastien Gaillard.
« C’est vraiment important pour la communauté. Nous agissons pour la langue française au Manitoba, qui a besoin de soutien en ce moment. Nous allons essayer de faire notre part avec ce festival, bien sûr, dans la mesure de nos moyens limités. »
Il reste optimiste quant au fait que le succès de ce festival pourra démontrer aux autres commanditaires l’intérêt de la communauté pour ce type d’évènement.
Cependant, bien que cet intérêt accru puisse contribuer à assurer la tenue de futures éditions, il reste désormais concentré sur l’édition actuelle et sur les succès déjà obtenus.
Les détails concernant les activités gratuites peuvent être retrouvés sur le site web de la Maison Gabrielle-Roy.
Des programmes imprimés sont également disponibles au musée.

