Avec 113 foyers desservis cette année, le nombre de bénéficiaires de la banque alimentaire de Sainte-Anne continue d’augmenter en même temps que les prix qui affectent aussi ceux qui donnent.
Aux abords de la rue principale du village de Sainte-Anne, trois bénévoles de l’accueil Kateri terminent de préparer les paniers repas.
Nous sommes en fin de matinée et les familles bénéficiaires passeront les récupérer dans une petite heure.
Aurèle Boisvert, président de la banque alimentaire de Sainte-Anne circule entre les rangées de cartons remplis à ras-bord.
113 « demeures », seront desservies cette semaine.
Lorsque l’on parle de « demeures », cela concerne autant les personnes seules que les familles.
Alors que l’on en comptait généralement moins d’une centaine les années précédentes, le constat est simple, le nombre de bénéficiaires augmente en même temps que le coût de la vie.
« Ce n’est plus vraiment des nouvelles ça », la phrase est lancée avec un sourire grave « c’est tragique ».
Aurèle Boisvert fait état d’une situation alarmante, qui se propage dans « presque toutes les communautés ».
À quelques kilomètres de Sainte-Anne, dans le village voisin de La Broquerie une banque alimentaire a vu le jour en 2024.
Le sujet de l’insécurité alimentaire en est un récurrent et qui semble aller de mal en pis.
D’ailleurs, dans son rapport d’impact de l’année 2025-2026, l’organisme Harvest Manitoba indiquait que 24 880 foyers en moyenne se tournaient chaque mois vers une banque alimentaire. Contre 21 799 en 2024-2025.
Fondée en 2015, la banque alimentaire de Sainte-Anne distribue donc plus d’une centaine de cartons tous les deux mercredis.
Chacun représente environ trois jours de vivres et une attention toute particulière est apportée à leur contenu.
L’on y trouve des pâtes, des fruits, des boîtes de sauces, du pain, des œufs, de la viande ou encore du lait.
« On essaie d’allonger leurs repas. Par exemple si on leur donne de la viande hachée, on s’efforce de leur donner autre chose qu’ils peuvent ajouter à la viande. Si on leur donne des nouilles, on va aussi leur donner de la sauce. »
Pour le petit-déjeuner par exemple, Aurèle Boisvert souligne que les céréales sont très chères, alors en plus des boîtes, les bénévoles ajoutent des gruaux, des noix concassées et des fruits.
« Il faut que l’on soit créatif afin que les familles aient l’opportunité de faire des menus sur leur semaine. »
De plus, certaines spécificités alimentaires doivent être respectées. Sur l’un des cartons par exemple, l’on peut lire « diabétique ».
Trois jours de nourriture représentent, pour certaines bourses, un coup de pouce énorme.
Les prix augmentent
L’accueil Kateri peut compter sur le soutien de plusieurs organismes comme Harvest Manitoba, « la Co-op nous aide, le Sobeys de Steinbach aussi », une aide qui prend la forme de réductions importantes sur les achats de produits.
La Ville de Sainte-Anne, de concert avec la municipalité, payent toutes les dépenses d’opérations de la banque alimentaire.
« Souvent les produits frais viennent de Moisson Manitoba, ils nous aident bien, mais le type de produits varie, parfois beaucoup. Parfois on a beaucoup de lait, parfois pas du tout. »
Dans ces cas de figure-là, c’est « la générosité des gens locaux », qui joue un rôle essentiel.
« Ça nous donne une flexibilité énorme », affirme Aurèle Boisvert.
« Ça nous permet d’aller acheter des produits en complément de ceux que l’on reçoit. »
Cependant, en raison de l’augmentation générale des prix d’épicerie, le nombre de clients devient plus important et apporter son aide aux plus démunis est de plus en plus dispendieux.
« On a augmenté notre budget. L’année passée on a pu prélever 120 000 $ auprès de la communauté, ce qui est génial. Mais cette année on en demande 140 000. Alors on sait que l’augmentation des prix affecte aussi ceux qui donnent. Ceux qui donnaient 20 $ par mois ne peuvent plus forcément se le permettre. On a peur d’être obligé de commencer à couper. »
Aujourd’hui, les paniers de l’accueil Kateri comprennent de la nourriture pour les enfants de 0 à 5 ans. Ce mercredi 14 octobre, 24 paniers sont concernés.
« On leur en donne pour deux semaines de nourriture pour les bébés. »
Un ours en peluche s’est notamment glissé dans l’un des cartons.
Ces derniers viennent en fait compléter les paniers repas classiques.
La création de cette initiative dédiée aux enfants en bas-âge est le résultat d’un octroi de Réseau Compassion.
« Nous avons reçu 42 000 $ de leur part. Ça nous a permis de mettre cela en place et l’on devrait avoir assez pour deux ans. »
En plus de la nourriture, ces cartons adressés aux enfants s’accompagnent d’autres choses, une peluche cette fois-ci ou parfois, des livres.

