À la fin octobre, les premiers ministres canadiens et les dirigeants des Premières Nations se sont réunis à Ottawa. C’était leur première rencontre en vingt ans.

À cette occasion, le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a notamment relancé le débat sur la Loi sur les Indiens.

Adoptée en 1876, cette loi coloniale d’assimilation régit le statut d’Indien, les réserves et les conseils de bande.

Wab Kinew souhaite « tourner la page » de cette loi.

« Nous aurons bien sûr besoin d’une nouvelle législation qui serve d’interface entre le gouvernement fédéral et les Premières Nations », avait-il commenté.

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, s’est dit ouvert à réformer ou abolir cette loi. Il avait notamment vivement critiqué l’héritage de ce texte en déclarant : « C’est un anachronisme de notre passé, et j’hésite parce que de le dire comme cela, c’est un euphémisme : c’est une loi raciste, au fond, qui existe encore. »

La cheffe nationale de l’Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak, a salué cette ouverture fédérale.

Ce chantier s’annonce périlleux selon l’anthropologue et chroniqueur Robert-Falcon Ouellette, de la nation crie Red Pheasant en Saskatchewan. Il se spécialise en éducation autochtone, en éthique militaire et en sciences politiques. Cet ancien militaire des Forces armées canadiennes a également été député fédéral libéral de Winnipeg-Centre de 2015 à 2019.

Pour Robert-Falcon Ouellette, remplacer cette loi soulève de lourds défis constitutionnels et territoriaux avec les provinces, car l’on « touche à des droits fondamentaux des peuples autochtones. »

Robert-Falcon Ouellette s’interroge même de savoir si Mark Carney a le mandat électoral pour travailler sur ce sujet, alors qu’il se trouve déjà très occupé avec les questions économiques.

Entreprendre cette réforme importante pourrait même bouleverser l’équilibre politique canadien, selon Robert-Falcon Ouellette.

« Je vais faire une analogie. Le système politique canadien, c’est comme un écosystème. Il y a un équilibre là-dedans. Parfois, les parties bougent, changent. C’est dynamique.

« Mais en même temps, il y a une certaine stabilité. Et le composant de la Loi sur les Indiens, c’est quelque chose de fondationnel à ce système. Et si l’on change, il y aura un impact sur d’autres choses.

« Et si l’on n’est pas capable de dire quel sera le résultat final, on est mieux de prendre le temps de penser comme il faut.

« Il ne faut pas approcher la politique juste avec l’émotion. L’émotion, c’est très important comme un outil. Mais, il faut avoir un côté rationnel, logique, pour regarder les choses d’une certaine manière, et combiner ça avec l’émotion. La politique, c’est un art, mais il faut être prudent et avisé. »

Enfin, Robert-Falcon Ouellette rappelle, comme l’a dit Cindy Woodhouse Nepinak, que le projet doit émaner des Premières Nations.

« Les Premières Nations, elles-mêmes, doivent s’asseoir et trouver ce qu’elles veulent faire ».