Alors que les ressources pour les femmes victimes de violence restent limitées hors des grands centres, ChezRachel réorganise sa direction et se plonge dans un projet d’ouverture de logements transitoires à Sainte-Anne et Saint-Pierre-Jolys.

Il y a du changement à la direction de l’organisme dédié à l’accompagnement des femmes et des enfants survivants de la violence familiale ChezRachel.

Un changement au niveau du mode de fonctionnement de la direction qui se traduit par l’arrivée de Jihen Bouna, au poste de directrice des programmes et du personnel.

Jusqu’alors directrice générale, Sonia Grmela a quitté la direction opérationnelle du bâtiment et de ses employés, mais demeure directrice coordonnatrice du développement.

En raison de sa prise de position récente, La Liberté n’a pas eu la chance de s’entretenir avec Jihen Bouna.

Si cette décision a été prise de diviser les responsabilités de la direction, c’est pour permettre à Sonia Grmela de se concentrer sur un projet important : « Nous sommes en train de travailler fort pour essayer de développer nos services dans les régions rurales. L’organisme et moi-même avons décidé de nous occuper de ça, car c’est un rêve que nous avons depuis très longtemps. Je ne pouvais pas y consacrer assez de temps, car j’avais trop d’obligations immédiates dans mon rôle précédent. »

À l’heure actuelle, ChezRachel est à la recherche de financement, mais les choses, bien qu’au stade préliminaire, sont déjà bien avancées.

Tout d’abord, une étude de faisabilité a été réalisée pour la construction de logement transitoire satellite et de programmation pour les survivantes.

De plus, l’organisme s’est déjà rapproché et obtenu le soutien des villages de Saint-Pierre-Jolys et de Sainte-Anne.

« Idéalement, nous aimerions avoir deux triplex, un dans chaque communauté, explique Sonia Grmela. Soit trois appartements indépendants avec un espace bureau et l’on offrirait les mêmes services qu’ici à Winnipeg ».

Des possibilités à Saint-Pierre-Jolys et Sainte-Anne

Les appartements permettraient d’accueillir femmes et enfants pour une période allant d’un an à 1 an et demi « pour leur permettre de guérir et de se resituer ».

Ces appartements pourraient aussi permettre à des femmes ici, à Winnipeg, de se rendre au rural et inversement.

Le maire de Saint-Pierre-Jolys, Raymond Maynard, au nom du village, se dit très heureux d’avoir été approché par ChezRachel.

« Nous sommes là pour les aider. Nous leur avons montré les terrains et bâtiments qui sont disponibles pour eux. L’on sera aussi en mesure de leur accorder des crédits d’impôt pour les quatre prochaines années. C’est possible grâce à un octroi que l’on a reçu du gouvernement le Housing Accessibility Fund. »

S’il existe l’organisme Agape House à Steinbach qui est un foyer d’urgence, il n’existe pas dans la région de services bilingues comme ceux que propose ChezRachel.

S’implanter dans les communautés de Sainte-Anne et de Saint-Pierre-Jolys permettrait d’apporter des solutions au plus proche des victimes.

Les conditions préliminaires à la réalisation du projet sont donc réunies selon la directrice coordonnatrice de développement.

Tout repose désormais principalement sur le financement.

L’étude de faisabilité estime les coûts de construction d’unités de logement transitoire à 1 235 500 $ pour une construction neuve et 735 000 $, s’il fallait rénover un bâtiment déjà existant.

Une campagne de dons est envisagée par l’organisme en parallèle de demandes de financement auprès des différents niveaux de gouvernement pour la réalisation du projet.

Un besoin bien réel

L’expansion stratégique des services francophones de ChezRachel viendrait répondre à un besoin concret.

Par sa dimension francophone bien sûr, mais aussi simplement par la nature même des services offerts par l’organisme.

Les logements transitoires, les programmes de guérison et les services d’accompagnement sont encore trop rares au Manitoba.

En effet, dans la province, les ressources pour les femmes victimes de violence conjugale sont limitées, et, preuve de l’ampleur du phénomène, elles sont souvent saturées.

Dans les milieux ruraux, l’isolement, le manque de ressources exacerbent le danger et l’urgence.

La Dr Candice M. Waddell-Henowitch est professeure agrégée au département de soins infirmiers psychiatriques de l’Université de Brandon et dirige également le Rural, Remote, and Northern Gendered Violence Research Program.

Elle rappelle que la Saskatchewan et le Manitoba comptent le plus haut taux de violences domestiques parmi les provinces du sud du pays.

À la liste des facteurs aggravants au rural, elle ajoute « les communautés très soudées, les grandes distances entre les localités ainsi que les valeurs traditionnelles qui subsistent, dans certaines communautés, et qui placent l’homme au centre du foyer en tant que chef de famille ».

S’échapper d’une situation de violence familiale ou conjugale est toujours délicat, en ville comme à la campagne.

Mais dans les zones reculées, isolées, les obstacles sont d’autant plus grands.

« Les ressources limitées dont elles (femmes survivantes) disposent compliquent la situation. »

Dans certains cas, les personnes peuvent aussi voir leurs finances et leurs moyens de transport restreints. La présence d’enfants ou d’animaux peut également rendre le départ plus difficile, car beaucoup hésitent à les laisser derrière.

« Lorsqu’une personne décide de quitter une situation de violence conjugale, les premiers jours peuvent accroître les risques pour sa sécurité, d’où l’importance de trouver rapidement un lieu sûr. Enfin, la stigmatisation qui entoure encore la violence conjugale et les violences sexuelles rend la recherche d’aide plus difficile, certaines personnes craignant de ne pas être crues. »

La docteure fait valoir que le manque de ressources au rural s’explique principalement par un financement rendu plus difficile en raison d’une démographie plus faible étendue sur un territoire plus large.

« Il existe de nombreux petits refuges et organismes qui font un travail remarquable dans leur région, mais le nombre de places et de services demeure insuffisant. De plus, ces ressources couvrent souvent de très grandes zones, ce qui complique les déplacements. »

Des investissements supplémentaires sont donc essentiels pour implémenter davantage d’espaces et de programmes dans un contexte où, tous les ajouts, sont bons à prendre et peuvent faire la différence dans des situations de vie ou de mort.

Initiative de journalisme local