Le Comité permanent des ressources humaines, du développement des compétences, du développement social et de la condition des personnes handicapées (HUMA) a présenté ce 26 mai son analyse de la crise actuelle de l’emploi chez les jeunes, dont le taux de chômage atteint des sommets historiques.
L’analyse révèle que cette crise n’est pas uniquement conjoncturelle, mais résulte d’une convergence de pressions structurelles, notamment l’impact de l’intelligence artificielle sur les emplois de premier échelon, une inadéquation croissante entre les compétences offertes et demandées, et une concurrence accrue exacerbée par les politiques d’immigration récente.
Des réformes nécessaires
Le rapport souligne l’urgence de réformer le système d’assurance-emploi, de pérenniser les programmes de stages et de valoriser les métiers spécialisés.
« Le rapport confirme ce qu’on sait déjà. Les jeunes Canadiens font face à des de réelles pressions en début de carrière : la hausse du coût de la vie, beaucoup de concurrence sur le marché de l’emploi pour les premiers pour les premiers travails, mais les jeunes travaillent fort pour acquérir les compétences et l’expérience nécessaire pour leur réussite », a commenté, en point de presse, Caroline Desrochers, députée fédérale libérale de Trois-Rivières et membre du comité.
Andréanne Larouche, députée fédérale du Bloc Québecois de Shefford et vice-présidente de ce comité, parle d’une génération « qui a de plus en plus de difficultés à trouver sa place dans l’économie actuelle »
« Les jeunes doivent composer avec des loyers qui sont inabordables, des emplois précaires, des stages insuffisamment rémunérés, des difficultés d’accès à l’assurance emploi et une pression financière qui retarde leur projet de vie », a-t-elle ajouté.
Plusieurs recommandations
Le rapport du Comité permanent propose 16 recommandations visant à améliorer la situation de l’emploi des jeunes au Canada, structurées autour de plusieurs axes stratégiques : la fiscalité, les changements technologiques, la promotion des métiers spécialisés ou encore la réduction de la bureaucratie.
« La liste des excellentes recommandations est longue. Je voudrais en souligner quelques-unes qui vont dans le sens des mesures que nous avons proposées précédemment.
« Je pense notamment à la recommandation n° 1 du gouvernement du Canada, qui vise à réduire les impôts et les formalités administratives afin de répondre aux préoccupations concernant la manière dont le régime fiscal et réglementaire a freiné la croissance de la productivité et entravé l’emploi des jeunes », a signalé Garnett Genuis, député fédéral conservateur de Sherwood Park—Fort Saskatchewan et membre de ce comité.
Parallèlement, les jeunes doivent également composer à des défis liés à l’emploi sous l’angle des petites et moyennes entreprises (PME).
Selon une récente analyse de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), les employeurs peinent à recruter malgré le taux de chômage significatif des 15-24 ans.
Là aussi la bureaucratie, la fiscalité et l’expérience sont des enjeux. Il est aussi signalé qu’il existe une divergence notable dans la manière dont les employeurs et les jeunes se cherchent mutuellement.
Des conseils pour les entreprises et les jeunes
Pour les PME, le réseau personnel est l’outil privilégié (62 %) de recrutement, alors que pour les jeunes, c’est plutôt l’usage des sites de recherche d’emploi (LinkedIn, Indeed) qui est dominant (73 %).
Julie Bélanger-Belley, fondatrice de Rebelleyus, une entreprise dédiée à l’accompagnement des organisations et des professionnels en ressources humaines (RH), commente la situation.
« C‘est sûr que les jeunes, si on veut rejoindre cette audience-là, il faut que notre stratégie de recrutement soit ciblée pour aller les rejoindre.
« Ce que je dis souvent aux PME, c’est de standardiser leur processus de réception des candidatures avec, par exemple, une seule adresse courriel où tous les CV seront envoyés.
« Il faut aussi travailler sur l’alternance travail-études dans les écoles, avoir des stagiaires, développer des partenariats où est-ce qu’on va avoir un premier contact avec les jeunes dans les PME, parce qu’il y a plein de petites entreprises qui n’utilisent pas encore ces modèles-là. »
Chargée de cours à la Faculté d’éducation et des études professionnelles de l’Université de Saint-Boniface, Julie Bélanger-Belley donne aussi quelques conseils aux jeunes qui cherchent à entrer dans le monde du travail et se faire connaître des entreprises.
« Je les encourage à poser leur candidature sur des conseils d’administration, par exemple.
« Certes, c’est du bénévolat et je conseille d’avoir un rôle de conseiller plutôt que trésorier ou président, bien sur, mais j’ai entendu beaucoup de retours de certains de mes étudiants et étudiantes qui disaient que ça les a aidés à avoir un pied dans la porte. »