« Calme » et « souvent réservé » selon ses mots, Enzo Kashinda est pourtant prêt à sortir de sa zone de confort pour faire porter sa langue plus loin. C’est chez lui, sur les réseaux sociaux, qu’il a appris sa sélection. Seul représentant manitobain de la cohorte 2026, il accueille cette nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme.

« J’étais vraiment fier de ça. C’est une belle expérience pour moi. »

Élève de 10e année au Collège Louis-Riel, à Saint-Boniface, Enzo Kashinda a grandi en français, sa première langue. Curieux de nature, il cultive aussi un goût pour les nouvelles expériences. « En dehors des cours, j’aime beaucoup nager, marcher dans la nature et dessiner », énumère-t-il.

C’est dans cet esprit qu’il s’apprête à prendre part au Forum national des jeunes ambassadeurs (FNJA). Derrière ce programme se trouve Le français pour l’avenir, organisme qui vise à promouvoir le bilinguisme officiel et motiver la jeunesse canadienne à s’épanouir en français.

Cette année, la cohorte réunit 35 élèves de 10e et 11e années, issus de neuf provinces et deux territoires, tous inscrits dans un programme de français. Pendant six jours à Moncton, tous frais payés, ils développeront notamment leur leadership et leurs compétences en gestion de projet. Des outils qui leur serviront ensuite à promouvoir le français dans leur école ou leur communauté.

Oser tenter sa chance

L’idée de candidater est d’abord venue de sa mère. C’est elle qui l’a encouragé à tenter sa chance pour le FNJA après avoir vu passer l’information sur Instagram. Enzo Kashinda y voit alors une occasion à saisir. « Je voulais essayer », raconte-t-il.

Pour convaincre le comité de sélection, le jeune Franco-Manitobain a insisté sur la place du français dans son quotidien. Parlant « toujours » français à la maison, il s’est montré désireux d’apprendre et prêt à tenter l’aventure.

Dans sa vidéo de candidature, il avait déjà imaginé une manière concrète de promouvoir le français : organiser des activités extrascolaires comme des jeux avec les enfants ou des clubs de lecture. Il dit vouloir commencer par des initiatives à sa portée, avant de voir plus grand, une fois plus expérimenté.

Le processus demandant un appui extérieur à sa famille, c’est vers son enseignant de français, Abdoul Toure, qu’Enzo Kashinda s’est naturellement tourné. Il le présente comme un mentor dans son rapport à la langue. « Il veut améliorer notre langue », souligne-t-il.

« Il m’a vraiment encouragé […], surtout avec le français. »

Transmettre par l’exemple

Ce rôle de passeur, Enzo Kashinda l’a déjà expérimenté lors des camps du programme Jeunes Manitobains des communautés associées (JMCA) à la DSFM. Animateur auprès des plus jeunes, il a aussi participé cette année à la planification du thème des camps.

Sur place, il a constaté que le français ne s’impose pas toujours naturellement.

« Souvent, ils arrivent au camp et ils continuent à parler en anglais avec leurs amis. »

Les animateurs doivent alors leur faire de « petits rappels » pour les ramener vers le français.

Mais pour Enzo Kashinda, l’essentiel est surtout de montrer l’exemple : « On doit être des modèles pour eux ». À ses yeux, cette constance peut entraîner les autres.

« Quand on fait l’effort de parler en français, les autres nous écoutent, et ils vont aussi faire l’effort. »

Ne pas cacher son français

Le choix du français, Enzo Kashinda le fait au quotidien, à l’école comme à la maison. Si ses amis passent souvent à l’anglais, lui garde le cap sur sa langue.

« Je préfère parler français qu’anglais », lance-t-il sans hésitation.

À Winnipeg, il estime que la place du français dépend de la volonté de chacun. « Si tu es quelqu’un qui aime suivre les autres, tu vas avoir tendance à parler en anglais parce que la majorité des gens le font. »

À l’inverse, poursuit-il, « si tu aimes parler en français, tu ne vas pas cacher ton français, tu vas être fier de ta langue ».

Même en milieu scolaire francophone, ce choix représente parfois un défi. Selon le jeune franco-manitobain, la difficulté se fait sentir à l’école, où l’envie de faire comme les autres peut prendre le dessus. « Les gens vont parler en anglais et tu vas parfois répondre en anglais. Tu vas oublier. »

En dehors de l’école, maintenir le français peut aussi se révéler compliqué. « La plupart des activités que je fais sont en anglais », relève-t-il.

Enzo Kashinda espère maintenant transformer ce constat en action grâce au FNJA.

Lui qui n’est encore jamais allé à Moncton espère y élargir ses horizons et partager ses idées. « J’espère que je vais apprendre de nouvelles choses et rencontrer de nouvelles personnes. »

À son retour, il n’est pas encore certain de l’initiative qu’il mettra en place. Le jeune ambassadeur préfère d’abord s’inspirer des méthodes et stratégies qui lui seront transmises lors du forum avant de choisir. « Je vais trouver l’idée que j’aime le plus et avec laquelle je suis le plus à l’aise. »

De quoi revenir au Manitoba avec de nouvelles pistes pour faire vivre le français, et s’affirmer comme une voix de plus de la relève francophone.