Dirigé par le Franco-Manitobain d’origine Jean-Marc Mangin, l’organisme Fondations philanthropiques du Canada (FPC) sera à Winnipeg du 23 au 25 septembre prochains pour sa conférence nationale, organisée tous les deux ans.

Une première pour FPC, et un retour au bercail attendu pour son PDG.

Pour la première fois depuis 26 ans que l’organisme existe, FPC a choisi le Manitoba pour sa grande conférence nationale de 2026.

« On a été dans plusieurs gros centres urbains du Canada, notamment Ottawa, Montréal, Toronto, Vancouver ou encore Calgary, mais ce sera notre première fois à Winnipeg », se réjouit le PDG de FPC, Jean-Marc Mangin, lui-même originaire de Saint-Boniface (voir encadré).

Ce n’est toutefois pas la nostalgie de l’enfance qui a fait pencher la balance en faveur du Manitoba, mais plutôt un vent de change- ment observé par bon nombre dans la capitale manitobaine.

« Nous ne sommes pas les seuls dans le secteur caritatif à choisir Winnipeg, constate Jean-Marc Mangin. Plusieurs organismes y tiennent leurs conférences nationales cette année ou la suivante. Et ça, ça dit quelque chose sur ce qui se passe au Manitoba : c’est très actif, il y a beaucoup d’innovation sociale qui prend place. »

Il explique : « Avec l’émergence des identités autochtones qui sont beaucoup plus visibles aujourd’hui à Winnipeg, surtout depuis les 15 dernières années, et le fait que la ville continue d’accueillir des personnes de toute la planète, il y a un sentiment communautaire très fort dans la capitale manitobaine, et ça se sent. On le sent dans les liens qui ont été tissés, dans les initiatives qui ont été lancées. En réaction aux crises bien réelles de pauvreté et d’exclusion sociale, les gens se sont retroussé les manches et ont fait un travail impressionnant.

« Pour nous, c’est très inspirant. On espère que les participants à notre conférence, qui viennent d’un peu partout au pays, voire de l’étranger, pourront apprendre de Winnipeg, profiter de son exemple. Il se passe vraiment quelque chose de spécial ici. »

Projets de renouvellement du centre-ville et à la Pointe Douglas, nouveau siège permanent pour le Centre national pour la vérité et la réconciliation, « il se passe plein de choses qui ont une dimension non seulement locale, mais nationale », affirme le PDG de FPC.

Réciprocité

Ce n’est d’ailleurs pas anodin si le thème qui a été choisi pour la conférence nationale 2026 est la réciprocité. Là encore, Winnipeg est une inspiration.

« Pour moi, la dimension la plus originale de la philanthropie canadienne aujourd’hui, c’est l’émergence d’une philanthropie autochtone basée sur les relations, la réciprocité, explique Jean-Marc Mangin.

« Si on compare avec la philanthropie américaine ou européenne, c’est vraiment une vision différente de la philanthropie, avec un aspect relationnel, de réciprocité, de bienveillance mutuelle, de responsabilité partagée et d’engagement à long terme.

« On y trouve un respect des positions, des contributions et du leadership de chacun, mais aussi des besoins mutuels et du dialogue qui doit se tenir. Et à Winnipeg, la présence autochtone dans la philanthropie se fait particulièrement sentir. »

Le réseau de FPC compte aujourd’hui neuf fondations membres dirigées par et pour les Autochtones.

« C’est encore tout nouveau dans le cadre national, ces membres autochtones ne nous ont rejoints que depuis la dernière conférence en 2024, mais ça change déjà les conversations dans la salle et la définition même de la philanthropie, le pourquoi et le comment. »

Partager et se laisser inspirer

Déjà, Winnipeg a commencé sa mission d’attraction. La conférence nationale 2026 de FPC sera la plus grande jamais tenue par l’organisme, rassemblant pas moins de 600 personnes.

« À notre dernière conférence, en 2024 à Ottawa, nous étions 420. Là, on a dû refuser du monde après 600 et créer une liste d’attente car les salles étaient pleines! », se réjouit son PDG.

« On va accueillir des gens d’un bout à l’autre du Canada, et même quelques personnes de l’Europe et des États-Unis. »

Au programme pendant les trois jours : des conférences plénières, mais aussi plusieurs séances de travail en petits groupes sur diverses thématiques.

« Nos conférences ne sont pas du genre passif, souligne-t-il. Les gens vont partager, discuter, réfléchir ensemble sur comment mieux collaborer dans divers domaines tels que la santé mentale, le climat, les jeunes, les arts… »

En outre, plusieurs visites dans la ville sont organisées afin que les participants puissent découvrir des lieux forts de l’esprit communautaire manitobain, savourer les atmosphères, les saveurs et les gens de Winnipeg.

« On va avoir des visites de terrain durant la première journée de conférence, annonce le PDG. C’était important pour nous de ne pas rester enfermés dans une bâtisse, le Centre des congrès RBC, sans rien voir de l’extérieur! »

C’est notamment dehors, au Cercle Oodena à La Fourche, que se fera le lancement de la conférence le 23 septembre, en compagnie de Niigaan Sinclair et d’Aînés et Aînées des Premières Nations.

« Niigaan Sinclair sera notre premier conférencier et fera une célébration traditionnelle pour ouvrir notre conférence, en plus de parler de comment la philanthropie peut contribuer à la justice et l’inclusion, notamment. Toujours à La Fourche, on aura aussi un évènement au Musée canadien pour les droits de la personne. »

La conférence rassemblera non seulement les membres de FPC, mais aussi des membres d’organismes communautaires et plusieurs personnes de communautés autochtones.

« Sans partenaires de terrain, ce serait très difficile pour les organisations philanthropiques d’accomplir quoi que ce soit, affirme Jean-Marc Mangin. Les fondations ont besoin des organismes communautaires pour atteindre des objectifs, des résultats concrets. Ils doivent faire partie de la conversation, et notre conférence est une belle opportunité de se rencontrer, de partager. On a beaucoup à apprendre de nos partenaires. »

Une collaboration plus que jamais importante, alors que le Canada vit une menace économique majeure de la part de l’administration Trump aux États-Unis, et que le monde se réorganise.

« Quel rôle peut jouer la philanthropie pour soutenir une économie plus résiliente? Sans remplacer les gouvernements, comment la philanthropie peut aider les communautés frappées plus durement, là où on va sentir les effets des tarifs? Comment la philanthropie peut contribuer à assurer que le filet social et l’économie sociale ne se brisent pas dans cette période difficile? Ce sont des questions qu’on pourra se poser ensemble. »

Le PDG précise que « la philanthropie, ce n’est pas que l’affaire des riches, c’est l’affaire de tout le monde.

En période de crise, c’est plus que jamais important que les gens se soutiennent mutuellement.

« Il y avait au Canada une culture de don, de générosité très forte, mais aujourd’hui le pourcentage de Canadiens et Canadiennes qui donnent est en baisse. On veut changer cela. Le but de notre réseau c’est surtout d’apprendre à mieux donner pour avoir le plus d’impact possible, même avec des fonds limités », conclut-il.

Le retour du Franco-Manitobain

Ce sera une conférence nationale bien spéciale pour Jean-Marc Mangin, qui apportera pour la première fois son réseau dans sa ville natale, Winnipeg, qu’il a quittée il y a plusieurs décennies.

Sa famille était d’ailleurs bien ancrée dans la francophonie manitobaine et active dans ses luttes pour faire reconnaître ses droits.

« Je suis né à Saint-Boniface et j’ai grandi à Saint-Norbert, raconte-t-il. Mon père, Hubert Mangin, vient de Bruxelles au Manitoba et ma mère, Colette Mangin, de Saint-Pierre-Jolys.

« Mon père était directeur d’école à La Broquerie et second président des Éducatrices et éducateurs francophones du Manitoba (ÉFM) après ma tante, Irène Garand, et ma mère était enseignante. Donc les batailles pour que l’éducation en français soit reconnue au même titre que celle en anglais au Manitoba, mes parents ont connu ça! »

La famille a quitté le Manitoba pour le Québec en 1969-1970, mais Jean-Marc Mangin n’a jamais coupé les ponts, y retournant régulièrement pour des visites en famille pendant toute sa jeunesse.

« Mes racines franco-manitobaines sont profondes, affirme-t-il. Nous sommes les descendants directs de Jean-Baptiste Lagimodière et Marie-Anne Gaboury, de la septième génération! »

Jean-Marc Mangin profitera de la conférence pour rendre visite à sa famille manitobaine, notamment ses tantes Thèrèse Carrière, 97 ans, et Irène Garand, 96 ans, qui vivent à Saint-Boniface.

« Irène, qui a fait carrière en enseignement au Manitoba, mais aussi au Nigéria et en Haïti, m’a beaucoup influencé, confie-t-il. J’ai fait la majeure partie de ma carrière en développement international, dans les ONG, avant de revenir au Canada en 2010.

« L’autre personne qui m’a influencé, également du Manitoba, c’est sœur Claire Perreault, ma grande-tante, décédée en 2011. Elle était aumônière à la prison de Stony Mountain. Elle m’a fait prendre conscience de la réalité de la pauvreté, mais aussi de l’impact de l’action sociale, de l’amour et du lien communautaire. »