Une nouvelle œuvre publique pourrait bientôt transformer le parc La Vérendrye.
Conçue en collaboration avec des Métis dans un effort de réconciliation avec les peuples autochtones, cette composition raconte une autre histoire de la colonisation du Manitoba par les Français.
Pendant des décennies, le parc La Vérendrye, situé sur l’avenue Taché, au cœur de Saint-Boniface, a raconté l’histoire de l’explorateur français du même nom à travers une seule statue.
La Compagnie de La Vérendrye, un groupe de reconstitution historique, a piloté un projet de conception d’une nouvelle œuvre d’art qui pourrait raconter une autre partie de l’histoire.
Explorateur de la Nouvelle-France, La Vérendrye est associé aux premières expéditions françaises dans l’Ouest canadien.
Il est responsable de l’établissement de colons français au Manitoba au 18e siècle.
La Compagnie de La Vérendrye a pour mission de retracer l’histoire et de conserver l’héritage de l’arrivée des premiers Français qui se sont établis dans l’ouest.
« C’était important pour nous de mettre de l’avant un projet de réconciliation avec les peuples autochtones », déclare Michel Loiselle, président et capitaine de La Compagnie de La Vérendrye.
« On est conscient qu’on représente un symbole colonialiste, explique Michel Loiselle. La traite des fourrures à l’époque reposait sur l’esclavage des peuples autochtones. La Vérendrye prenait des prisonniers de guerre autochtones pour les vendre à Montréal. C’est cette réalité qu’on veut mettre en lumière et aussi donner une voix aux peuples autochtones. »
Gardée sous silence pendant longtemps, cette réalité historique de la réconciliation refait surface depuis quelques années.
« Non seulement il manquait quelque chose dans le parc, mais aussi en 2021, il y a eu une statue de la Reine Victoria qui a été démantelée lors d’une protestation. On s’apercevait alors qu’il y avait des gestes de désapprobation qui se posaient face à ces symboles coloniaux. »
Une démarche de réconciliation
S’en est donc suivie une réflexion sur l’avenir du parc, et du rôle de l’organisme dans les efforts de la communauté pour la réconciliation avec les peuples autochtones.
« On a entamé une consultation communautaire, en ligne et en personne, qui a mené à la création d’un plan de développement global pour le parc qui est devenu un projet inclusif et on a fait appel à des artistes autochtones », explique Michel Loiselle.
La Compagnie de la Vérendrye tenait à ce que l’œuvre d’art soit faite en partenariat avec des personnes issues des peuples autochtones.
« On a commencé par créer un comité consultatif composé de personnes métisses, des autochtones et on a continué à avoir ce dialogue-là », raconte Michel Loiselle.
L’un des éléments qui est ressorti des consultations, c’est l’importance de créer un équilibre avec la statue de La Vérendrye, présente au centre du parc.
« C’est vraiment pour donner un espace à ces personnes-là. Les guides autochtones, les esclaves, les femmes. Des personnes importantes dans l’histoire de La Vérendrye, mais qu’on ne mentionne pas assez souvent. »
Remettre les pendules à l’heure
C’est dans ce contexte que l’œuvre d’art publique a été conceptualisée par Sam Vint, un artiste métis, et sa mère, Val Vint.
« J’ai toujours été passionné d’histoire, raconte Sam Vint, mais c’est toujours raconté par les vainqueurs, les colonisateurs. C’est important de remettre les pendules à l’heure et de montrer une partie de la réalité qui a été effacée. »
C’est en partie en lisant les travaux de Karlee Sapoznik, professeure d’histoire à l’Université de Saint-Boniface et à l’Université du Manitoba, que Sam Vint a voulu partager l’apport des Premières Nations et des Métis à la colonisation de l’Ouest.
« Lorsqu’on lit un livre d’histoire, on peut voir que La Vérendrye a rapidement atteint l’ouest, qu’il a construit tel ou tel fort, comme si c’était normal ou facile pour lui. Ce qu’on ne mentionne pas, ce sont les esclaves et les Autochtones qui l’ont guidé, qui ont fait le portage de son matériel, qui ont partagé leur savoir. Sans leur apport, l’histoire aurait été bien différente », déclare Sam Vint.
C’est également dans ce sens qu’il a tenu à participer au projet de conception de l’œuvre.
« Dans la statue actuelle, on voit La Vérendrye avec un air triomphant, le pied sur une roche, et un autochtone à genoux à côté de lui. Dans l’œuvre qu’on a présenté, on le verra en retrait, guidé par les autochtones qui font du portage, portent ses bagages, montent la montagne. C’est une façon de rétablir les faits. »
Pour Sam et Val Vint, bien plus qu’un effort de réconciliation, c’est aussi un moyen de réaffirmer l’héritage de leurs ancêtres.
« En grandissant, c’était normal d’avoir honte d’être Métis. Je ne voulais pas que les autres gens le sachent, on n’avait pas le statut officiel. Les Métis, nous étions considérés comme une sous-classe. Même que, dans l’histoire, les francophones voulaient que ce soit clair que nous n’étions pas comme eux. C’est lorsque j’étais à l’Université que j’ai appris l’histoire de mes ancêtres et je trouve que c’est important de la faire découvrir et de préserver l’héritage », affirme Sam Vint.
Fier du travail accompli, Sam Vint est heureux d’avoir pu réaliser ce projet avec sa mère.
« Je pense qu’on fait une bonne équipe. Elle est une excellente artiste et je l’ai accompagnée pour ce qui est de la recherche sur le sujet, je l’aide aussi avec tout ce qui est plus technique. On se complète bien. »
De la maquette au parc
Il y a cependant encore du pain sur la planche avant que l’œuvre d’art public puisse voir le jour.
« On a fait la première étape, qui était de présenter le projet à la communauté, explique Michel Loiselle. Maintenant, on doit travailler avec la Ville et les autres acteurs pour obtenir le permis de construction et ce genre de choses-là. Ensuite, on devra aller chercher les fonds nécessaires pour rendre le tout possible. »
Le projet d’art public a effectivement été dévoilé lors de la journée des portes ouvertes de Winnipeg, à laquelle La Compagnie de la Vérendrye a pris part.
« On a pris cette occasion pour présenter l’œuvre, mais surtout le concept de l’œuvre à la communauté. C’était important de faire comprendre au public sur quoi on travaille afin de donner une idée aux gens de Saint-Boniface, à la communauté franco-manitobaine et aux peuples autochtones ce que l’on va faire pour aménager cet espace-là », mentionne Michel Loiselle.
D’ici la fin 2027, les visiteurs du parc La Vérendrye découvriront un récit plus complet de l’histoire entourant les expéditions de l’explorateur.


