Tous deux issus de parcours scolaires en français, ils s’envoleront cet été vers l’Espagne pour s’entraîner avec l’équipe canadienne.

Stanley Boudreau, 15 ans, a appris la nouvelle le 17 avril, de retour d’un entraînement.

« Ils m’ont surpris avec des guirlandes sur ma porte. C’étaient les couleurs du Canada, alors j’ai deviné », raconte-t-il.

Sa mère, Michelle Boudreau, se souvient aussi des ballons ajoutés par son frère et sa sœur, âgés de deux et quatre ans.

« Il était sous le choc. » Une bonne surprise que Paolo Anderson n’avait pas vue venir.

« J’ai appris seulement la veille de l’annonce qu’il existait une équipe de développement », confie-t-il.

Le lendemain, après l’entraînement, sa mère lui a dit qu’ils devaient parler.

« Elle m’a dit : Tu vas aller à Barcelone cet été. J’étais tellement content. C’était une très belle façon de finir ma journée. »

Deux chemins vers le même bassin

S’ils se retrouvent aujourd’hui sélectionnés ensemble pour cette occasion, ils n’ont pas tout à fait suivi la même route pour y arriver.

Lorsque La Liberté l’avait rencontré en 2023, Stanley Boudreau ne faisait du waterpolo que depuis un an.

Il avait commencé après des étés à nager avec sa mère, elle-même ancienne joueuse au secondaire.

« On ne pouvait pas le sortir de l’eau », se rappelle son beau-père, Jeff Strome. Sa mère se souvient d’une première pratique où son lancer, développé au baseball, avait marqué les esprits.

« Il pouvait lancer la balle tellement loin, c’était fou. »

Avec ses quelque 180 livres (environ 80 kilogrammes) à 15 ans, son gabarit impressionne aussi.

« J’avais 13 ans et je jouais avec des personnes de 15 ans. C’est là que j’ai compris que je voulais être comme ça », raconte Stanley Boudreau. Trois ans plus tard, cette sélection donne la mesure du chemin parcouru.

« Mes entraîneurs m’ont beaucoup aidé. J’ai saisi toutes les occasions possibles », explique-t-il. Lui qui rêvait déjà de l’équipe nationale trouvait cet objectif encore lointain.

« Je ne pensais pas que c’était très réel. C’est juste cette année que je me suis dit : Wow, je peux le faire. »

L’histoire de Paolo Anderson commence, elle, il y a sept ans, dans le sillage de ses cousins.

« Mes deux cousins jouaient, alors je me suis dit que je devais essayer. »

Le waterpolo lui a vite semblé plus stimulant que les cours de natation.

« J’apprenais beaucoup plus. J’étais bon, alors j’ai continué. »

Mais le sport prend une autre place pendant la pandémie, quand les activités se font plus rares. Il y trouve alors un point d’ancrage.

Son père situe le tournant autour de 12 ans, lorsqu’il le voit mieux lire le jeu et s’imposer face à des joueurs plus âgés.

« C’est là que je me suis dit : OK, ça commence à devenir sérieux pour lui. » C’est au club Vortex Water Polo que leurs parcours se rejoignent.

« Stanley et Paolo ont déjà joué 4 saisons ensemble. Leur chimie est incroyable. », confie Jeff Strome.

Dans le sillage du français

Cette double présence winnipégoise porte aussi un accent francophone. Stanley Boudreau et Paolo Anderson ont tous deux évolué dans un environnement scolaire en français, avec un rapport différent à la langue.

Stanley Boudreau est élève au Collège Louis-Riel, dans la Division scolaire franco-manitobaine.

Pour lui, le français représente une forme d’appartenance.

« Ça me fait sentir que je peux aller partout où l’on parle français. Je suis juste un des leurs », dit-il.

Paolo Anderson fréquente pour sa part le Collège Béliveau, en immersion française.

« J’ai toujours été en immersion. Je parle français depuis la maternelle », explique-t-il.

Son entrée en 9e année marque toutefois « une grande étape » dans son apprentissage.

« C’est parfois une langue frustrante, mais je commence à la comprendre. Je dois me pousser pour vraiment la maîtriser, mais j’aime ça. »

Au-delà du bassin

En dehors du waterpolo, Paolo Anderson accorde une grande place à l’école, à la musique, qui « occupe une part importante de sa vie », et aux relations sociales.

« Rencontrer des gens, me faire plein d’amis, la famille, c’est essentiel. » Mais le sport laisse peu de place au reste. Stanley Boudreau, lui, multiplie les disciplines : baseball, hockey, volleyball, squash et voile.

Un profil multisport qui lui apporte de « nouvelles perspectives ».

Choix difficile, il a notamment dû mettre de côté le squash, alors qu’il jouait avec l’équipe du Manitoba pour se focaliser sur ses objectifs.

Conjuguer école et waterpolo devient aussi un vrai défi pour les deux joueurs, qui doivent bien gérer leur temps entre les cours, les devoirs et les entraînements.

Malgré ce rythme, ils gardent l’école au premier plan.

En dépit des sacrifices, le sport leur apporte beaucoup.

Paolo Anderson dit y avoir appris à prendre ses responsabilités, à travailler pour atteindre ses objectifs et à créer des liens.

« Si tu veux vraiment t’améliorer, c’est à toi de faire le travail. »

Pour leurs parents, cette sélection vient reconnaître des efforts construits dans la durée, malgré les blessures et les passages plus difficiles.

« C’est incroyable que sur 16 joueurs canadiens de leur groupe d’âge, deux viennent de Winnipeg », souligne Jeff Strome.

Un effort familial

Derrière cette progression, les deux familles avancent au rythme du waterpolo. Les entraînements, les essais, les tournois, et les déplacements, souvent à l’extérieur du Manitoba, imposent une organisation stricte.

Jeff Strome décrit des coûts « très élevés » et un engagement au-delà des heures passées dans le bassin.

« Nous travaillons tous les deux, donc c’est une lutte constante. »

À la maison, il faut aussi composer avec les trajets, les repas et les horaires de toute la famille.

Du côté de Paolo, son père insiste sur un autre aspect, moins visible : le soutien émotionnel. À 15 ans, les hauts et les bas font partie du parcours.

« Nous sommes prêts à le soutenir aussi longtemps et aussi loin que ça ira. »

C’est donc à Barcelone que le parcours de ces jeunes se poursuivra cet été, du 14 au 24 juillet.

Le hasard fait bien les choses : Stanley Boudreau suit cette année un cours d’espagnol, lui qui espérait déjà se rendre un jour en Espagne.

Aux côtés de l’équipe canadienne de waterpolo, tous deux suivront un programme chargé, entre entraînements, excursions et activités culturelles.

Ils espèrent que cette expérience leur ouvrira des portes pour représenter un jour le Canada au plus haut niveau.

Stanley Boudreau garde un rêve en tête : « jouer aux Jeux olympiques pour l’équipe du Canada. »