Cette scène d’environ trois minutes et demie donne un aperçu de ce à quoi le public peut s’attendre de l’histoire et sera présentée les 29 et 30 septembre au T.O. WebFest à Toronto.

Dès que les spectateurs découvrent Le Garage et sa protagoniste, Rachelle, ils comprennent que tout commence à déraper.

Un cuisinier impatient. Une nouvelle recrue trop zélée. Un animateur ivre qui fredonne à mi-voix, assis sur un tabouret dans un coin sombre.

L’éclairage fonctionne à peine et, quand il fonctionne, il ne met en lumière que les rares clients et, de temps à autre, un rongeur.

Ce n’est pas le restaurant tenu par le père de l’héroïne de Le Garage, mais, dans cette preuve de concept de près de quatre minutes, c’est le cadre idéal pour que la scénariste-réalisatrice Elena Sturk-Lussier raconte son histoire.

Conceptualisé initialement en 2024 par Amber O’Reilly et la productrice de la série, Alice Teufack, le projet a été soumis aux Fonds indépendants de production (FIP) pour obtenir du financement.

Chaque année, ce programme finance seulement une vingtaine de projets parmi les centaines de soumissions reçues.

En 2026, sept des 21 soumissions retenues étaient des projets francophones.

Grâce à ce financement, l’équipe de Ninis Productions, fondée par Alice Teufack, a pu produire un épisode pilote de la série afin de développer le projet et de susciter l’intérêt du public.

Le pilote a été tourné par une équipe entièrement francophone basée au Manitoba, y compris les acteurs.

La distribution comprend Amélie Pelletier-Lavack dans le rôle de Rachelle, Ava Darrach-Gagnon dans celui de Dani, Winnie Nikibora dans celui de Mia, Samuel Kornachuk dans celui d’Alex, André Vrignon-Tessier dans celui de Chris, Loïc Matabishi dans celui de Raphaël, Yvan Lecuyer dans celui d’André, Axelle Oulé dans le rôle de la cliente et Félixe Sturk-Lussier dans celui de Jules. Félixe Sturk-Lussier a également assuré le montage sonore et musical.

La bande-démo, dévoilée le 8 septembre sur YouTube, a suscité des réactions « très positives », selon Elena Sturk-Lussier.

« Plusieurs ont réagi avec joie de voir une autre pro- duction francophone tournée à Winnipeg, en particulier une production qui présente notre communauté. C’est ce que j’aimerais faire avec mon travail, alors ça me rend fière quand ils me disent ça. »

Le Garage, son histoire, son monde

Bien que le restaurant éponyme ait réellement existé dans le quartier Saint-Boniface, l’histoire proposée par la série est entièrement fictive.

Elle s’inspire plutôt de la passion pour ce lieu observée par la créatrice du concept, Amber O’Reilly, ainsi que de l’expérience de son équipe de développement dans le secteur de la restauration.

La bande-annonce présente près de sept personnages originaux, chacun confronté à son propre défi personnel qui, comme l’explique Elena Sturk-Lussier, est au cœur de l’histoire.

Parmi ces enjeux figurent une dépendance à l’alcool, un mariage qui bat de l’aile et des difficultés à s’intégrer en ville en tant que nouvel arrivant.

En outre, l’héroïne de la série, Rachelle, n’avait jamais dirigée d’entreprise auparavant, et elle se retrouve en possession d’un restaurant à bout de souffle après l’avoir racheté à ses anciens propriétaires.

« Quand elle était jeune et que son père défunt était propriétaire, c’était un endroit communautaire chaleureux et rempli de vie. Maintenant, elle le retrouve un peu mort. Alors, elle l’a racheté avec une certaine naïveté, afin de le faire revivre », partage Elena Sturk-Lussier.

Ayant elle-même travaillé dans l’industrie de la restauration lorsqu’elle était jeune, la scénariste a voulu représenter fidèlement ses expériences et les personnes avec lesquelles elle a travaillé, y compris leurs passions, leurs travers et même leurs défauts.

Cependant, tout n’est pas sombre : elle avoue se concentrer sur l’aspect communautaire de l’histoire.

Face à tous les enjeux auxquels les personnages sont confrontés, elle espère également raconter l’histoire d’une famille de cœur qui soutient chacun des membres de l’équipe.

Les principales dynamiques du récit sont présentées dans la bande-démo, en particulier le potentiel d’amitié entre le cuisinier Chris et le plongeur Raphaël, ainsi qu’une romance entre Rachelle et Dani, l’une des personnes derrière le bar.

« J’ai vraiment adoré le temps où je travaillais dans ce secteur, et j’espère que cet amour pour les personnes et la communauté se ressent fidèlement dans ce récit », souligne la scénariste.

Il est essentiel, selon elle, de noter que la scène présentée dans la bande-démo n’existera pas dans la série lors de sa diffusion.

Elle sert plutôt à introduire les personnages, l’endroit et les conflits potentiels à explorer au fil des huit épisodes proposés.

Ces épisodes devraient durer près de douze minutes chacun et seront présentés en temps réel pendant un quart de travail pour le personnage principal de chaque épisode.

Cette approche, confie-t-elle, a été inspirée par la série The Pitt, dont chaque épisode de la saison se déroule au fil d’une heure de travail dans un hôpital.

Sur le plateau

Bien qu’elle ait déjà tourné plusieurs courts métrages, ainsi que la série Les faillites d’Astride, Elena Sturk-Lussier se sentait plus confiante que jamais sur le plateau de Le Garage, et ce, grâce à ses expériences de production précédentes.

« Il y a une grande scène de bar avec plusieurs personnages et plusieurs arrière-plans. Si je n’avais pas eu l’expérience de faire cela lors du tournage de Les faillites d’Astride, je n’aurais pas été prête à tourner une scène si complexe et si dynamique.

« Mais moi, avec chaque projet, je veux toujours faire quelque chose de nouveau. Pour celui-ci, il y avait plus de mouvement avec la caméra, auquel je n’étais pas si habituée, car je ne tourne pas souvent des situations avec de l’action. On voulait le tourner comme si on était là. »

Elle se dit particulièrement fière du résultat, qu’elle espérait voir ressortir comme « dynamique » et même « un peu chaotique ».

Au-delà de la bande-démo

Parmi les sept projets francophones qui ont été soutenus grâce aux FIP, trois seront sélectionnés pour recevoir des financements additionnels.

Ces fonds seront utilisés afin de produire les séries retenues dans leur intégralité. Elena Sturk-Lussier explique que les séries soumises doivent avoir un distributeur attaché au projet, ce qu’elle confirme avoir pour Le Garage, bien qu’elle ne puisse pas le dévoiler.

Elle explique également que le jury privilègie les séries qui suscitent un intérêt pour leur diffusion, ce qui rend les réactions « très positives » d’autant plus encourageantes.

Ce sont ces réactions qu’elle souhaite susciter lors du festival T.O. WebFest, à la fin septembre.

Ce festival est dédié aux séries web et aux productions destinées aux plateformes de diffusion en continu, et présente chaque année plusieurs bandes-démos issues du programme lancé par les FIP.

Bien qu’elle ait déjà assisté au festival dans le passé, c’est la première année qu’un projet d’Elena Sturk-Lussier y sera projeté.

Elle se dit très impatiente de le voir toucher un public plus large.

En même temps, elle avoue aimer simplement regarder les autres bandes-démos présentées au festival, ajoutant : « Je regarde toujours ce qui est publié pour les preuves de concept des projets qui ont été financés dans ce programme. Ça m’intéresse tellement, et je le trouve vraiment bon comme exercice pour voir comment raconter une idée en quelques courtes minutes. »

Si Le Garage est choisi pour recevoir des financements additionnels des FIP, la série entrera officiellement en production à l’automne 2027.