Avec des informations de Félix GUICHARD et Chelsea HOWGATE

Cinq candidats à la mairie de Winnipeg (1) : le maire sortant Scott Gillingham, Kevin Klein, Mike Vogiatzakis, Don Woodstock et Tracey Drexler ont débattu ce 24 septembre dans une rencontre organisée par la Chambre de Commerce Noire du Manitoba.

La discussion a abordé la sécurité, le logement, les services en français, le transport en commun et l’économie.

Cinq candidats, cinq visions

Dès les déclarations d’ouverture, les personnalités se sont dessinées.

Scott Gillingham a défendu son bilan avec optimisme : « Winnipeg a de l’élan. Nous avons grandi de 80 000 personnes en quatre ans », citant 1,8 milliard $ d’investissements au centre-ville et la construction de l’usine d’épuration du North End.

Précisément, la population de la région métropolitaine de recensement de Winnipeg est passée de 875 000 personnes en 2022 à 961 300 en 2026, basée sur une prévision haute. La prévision de base est plutôt de 955 000.

Mike Vogiatzakis, directeur de pompes funèbres dont le frère Kyriakos a été assassiné en 2024, a évoqué ce moment personnel : « C’est une petite flamme qui brûle dans mon cœur. C’est une petite flamme qui brûle dans mon âme. Personne parmi les candidats en lice n’apportera plus de changements que moi. Je suis motivé. Je suis motivé pour faire bouger les choses », a-t-il dit.

Kevin Klein a promis de « protéger ce qui fait la grandeur de cette ville » et d’ajouter « plus d’agents sur la rue ».

Don Woodstock, auparavant chauffeur d’autobus, aujourd’hui homme d’affaires, journaliste et auteur, s’est présenté en homme de terrain : « J’ai des racines profondes ici. »

Quant à Tracey Drexler, elle a prôné l’abordabilité et la compassion, notamment en santé mentale.

Sécurité

Le dossier le plus clivant est resté la sécurité. Kevin Klein a dénoncé un déficit de « 100 policiers par rapport à la moyenne nationale » et s’est engagé à faire de Winnipeg « l’une des villes les plus sûres du Canada en quatre ans », s’entourant de l’ancien chef Devon Clunis.

Mike Vogiatzakis a promis un programme de cadets et des abribus « avec boutons panique et caméras ».

Don Woodstock a misé sur la prévention : « Il est moins cher de sortir quelqu’un de la rue et de lui offrir un logement avec des services d’accompagnement », plaidant pour la rénovation d’immeubles délabrés comme l’hôtel Marlborough.

Tracey Drexler a rejeté la criminalisation de la pauvreté : « On ne rend pas le centre-ville plus sûr en criminalisant la pauvreté et l’itinérance. »

Enfin Scott Gillingham a répondu avec sa réponse aux crises communautaires, en rappelant avoir travaillé pour reloger 260 personnes logées depuis les campements.

Logement et eau

Sur le logement, Scott Gillingham a revendiqué 14 800 logements approuvés, dépassant la cible de 14 200. Kevin Klein a répliqué avec les données de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) sur des chiffres « plats ou négatifs depuis neuf ans » dans Winnipeg même.

La question de l’eau, posée par le public, a fait consensus partiellement : Tracey Drexler, Mike Vogiatzakis et Don Woodstock ont appuyé une réduction de la taxe de 6 $ à 3 $ le mètre cube.

De son côté, Scott Gillingham a défendu les travaux d’amélioration de la station de traitement des eaux usées du secteur nord de 3 milliards $, « vitale pour l’avenir de Winnipeg ».

Kevin Klein a répondu en disant que « depuis 2018, le projet de station d’épuration du North End figure au budget et son coût n’a cessé d’augmenter chaque année » et a dénoncé le fait que « l’eau a été utilisée comme un distributeur automatique de billets ».

Francophonie

Le débat, qui se tenait au Centre culturel franco-manitobain (CCFM), a aussi mis le sujet de la francophonie sur la table.

Tracey Drexler a rappelé que « le français était ma langue maternelle dans la maison où j’ai grandi » et se battra si elle est élue pour « défendre nos petites entreprises locales francophones et toutes les petites entreprises. »

Bien qu’il ne soit pas francophone, les enfants de Don Woodstock parlent couramment français, ayant fréquenté l’École Précieux-Sang. Le candidat a aussi expliqué son intention de « créer, à la mairie, un guichet dédié aux petites entreprises, géré par un personnel bilingue, en partenariat avec diverses organisations et associations locales. »

Kevin Klein a rappelé que « Winnipeg a déjà une obligation en vertu de la Partie 9 de la Charte de la ville » et s’est engagé à instaurer une « offre active » et un « tableau de bord public » montrant en temps réel « quels services désignés sont réellement offerts en français ».

Mike Vogiatzakis a promis que dans « ses 100 premiers jours », il s’assiérait avec la Chambre de commerce francophone de Saint-Boniface et le CDEM « pour voir où le français est nécessaire et pourquoi il n’est pas utilisé ».

Le maire sortant Scott Gillingham a quant à lui défendu son bilan : réexamen quinquennal du cadre des services en français mené en 2025 avec la Société de la francophonie manitobaine (SFM) et la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM), et « une croissance importante du nombre d’employés bilingues » à l’Hôtel de Ville.

À titre d’information, l’on comptait 596 employés bilingues en 2023 , comparativement à 541 en 2022.

(1) En tout, 12 candidats sont en lice pour Winnipeg. Outre les cinq candidats qui étaient présents dans ce débat, Chris Clacio, Johnny Calderon, Joshua Pagdato, Umar Hayat, Brad Gross, Mazher Alam et Noah Redden sont aussi dans cette course.