Par Michel LAGACÉ
La décision du Premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, de répondre en français aux questions posées en anglais par l’opposition à l’Assemblée législative la semaine dernière en a surpris plus d’un. Pour sa part, il déclare qu’il n’y a rien de remarquable à ce qu’il réponde dans l’une des deux langues officielles de la province.
Ce qui est remarquable, cependant, c’est que l’opposition à l’Assemblée législative a accepté le comportement du Premier ministre. Rappelons qu’en mai dernier, lors de la période des questions, le tout nouveau chef intérimaire de l’opposition, Konrad Narth, avait critiqué le fait que Wab Kinew lui ait répondu en français alors qu’il avait posé sa question en anglais. Il s’est par la suite excusé, affirmant qu’il n’avait rien contre la langue française, mais qu’il contestait la manière dont le Premier ministre politisait l’usage de cette langue.
Contrairement à ce que son lointain prédécesseur, Sterling Lyon, aurait fait durant les années 1980, le chef intérimaire de l’opposition a déclaré qu’il voyait d’un bon œil l’utilisation du français par le Premier ministre et qu’il s’y attendait désormais, même si le recours à l’interprétation simultanée peut perturber le déroulement des débats. Il a salué l’initiative du Premier ministre et encouragé l’usage du français au Manitoba.
De son côté, Wab Kinew a rejeté les questions des journalistes qui cherchaient à savoir si sa constance à s’exprimer en français avait un lien avec Konrad Narth, lui qui ne parle pas le français mais qui représente un bon nombre de francophones dans sa circonscription. Le chef néo-démocrate a rappelé qu’il n’y a pas si longtemps, la communauté francophone de la province avait fait l’objet d’attaques odieuses de la part du parti conservateur.
Il a ainsi fait allusion à l’époque de la crise linguistique des années 1980 qui avait bouleversé la province et même provoqué la violence lorsque le gouvernement néo-démocrate avait proposé d’amender la constitution pour assurer l’offre de services en français. Aujourd’hui, la réaction de l’opposition est calme. Aurait-elle changé si radicalement depuis une quarantaine d’années? Ce changement représente-t-il une évolution profonde de l’attitude du public?
Et Wab Kinew se permet-t-il de répondre en français à des questions qui lui sont posées en anglais parce qu’il a perçu un changement dans l’opinion publique? Pourquoi se permet-il de risquer provoquer un ressac populaire?
On sait que Wab Kinew jouit d’un capital politique important alors que sa cote de popularité ne cesse d’augmenter. Mais il demeure difficile de cerner avec certitude les raisons pour lesquelles le Premier ministre et le chef de l’opposition en sont arrivés à gérer une situation qui aurait pu provoquer d’intenses controverses.
Il semblerait que le Premier ministre jouit maintenant d’une marge de manœuvre importante et qu’il lui serait possible d’adopter des mesures pratiques qui contribueraient concrètement à faire du Manitoba une province véritablement bilingue, comme il le souhaite. Et s’il y réussit, Wab Kinew pourra longtemps s’adresser à la Chambre en français à cœur joie.




