Par Michel LAGACÉ
Les campagnes électorales en vue des élections municipales au Manitoba sont terminées. Les enjeux se sont avérés nombreux : les taxes; l’entretien des infrastructures comme les ponts, les routes, les conduites d’eau et les égouts; le logement abordable et l’itinérance; le transport public; et la criminalité et la sécurité publique. Il reste à voir quels seront les dossiers auxquels les conseillers et conseillères nouvellement élus accorderont la priorité.
Si aucun de ces enjeux n’est nouveau, il en est un qui ne cesse de croître en importance depuis quelques années, celui du logement abordable et de l’itinérance. Puisque le nombre de personnes sans logement augmente d’année en année, il n’est vraiment plus possible d’ignorer le coût humain et social de ce phénomène qui s’amplifie et les questions qui y sont liées : la pauvreté, la santé mentale et la toxicomanie, entre autres.
Surtout à Winnipeg, il est devenu évident que le soutien aux services d’intervention est insuffisant et que la Ville demeure réticente à assumer une plus grande responsabilité face au problème de l’itinérance.
Faut-il s’inquiéter que malgré la visibilité croissante des crises qui se multiplient dans les rues de la ville capitale, cet enjeu a suscité si peu d’intérêt durant la campagne électorale municipale qui vient de se terminer?
Pour leur part, les organismes de première ligne qui travaillent sur le terrain expriment des points de vue divergents sur la situation, mais ils s’entendent au moins pour souligner le besoin d’aller plus loin que de simples promesses de logements. Ils insistent sur l’importance d’investissements concrets dans les services d’intervention auprès des personnes vulnérables. Ils préconisent différentes façons d’aborder la question des campements et la consommation de drogues dans l’espace public. Ils veulent surtout que la Ville assume un rôle accru face à une crise grandissante.
À court terme, l’arrivée de l’hiver et le manque d’endroits adéquats où les personnes peuvent trouver refuge lorsque les températures vont chuter doivent préoccuper tous les responsables. C’est ici, par exemple, que Winnipeg pourrait jouer un rôle de coordination entre les intervenants d’urgence et les propriétaires de locaux vacants pour s’en servir comme espaces de réchauffement.
Certes, l’itinérance n’est pas une responsabilité qui revient uniquement aux conseils municipaux. La Province a aussi sa part de responsabilité de même que le gouvernement fédéral qui gère des programmes qui peuvent soutenir les sans-abri. Reconnaissons donc que la responsabilité de s’attaquer à l’itinérance ne repose pas sur un seul ordre de gouvernement ou sur une seule organisation.
Cependant, il est très clair que le niveau municipal est le plus proche de la population locale et que les priorités des conseillers et des conseillères nouvellement élus auront un impact profond sur les plus vulnérables de la société. Il sera donc essentiel de surveiller comment ils vont agir, en particulier les membres du conseil de la Ville de Winnipeg où le problème est à son plus aigu. En fin de compte, on pourra mesurer leur sérieux lorsqu’ils proposeront leurs budgets annuels.
Car, au fond, les gouvernements ne financent que ce qu’ils jugent important.

