– Renouer avec la Chine ou l’Inde –

Sur le plan commercial, cet ancien banquier d’affaires et banquier central veut doubler à 3 milliards le nombre de consommateurs auxquels les entreprises canadiennes pourraient avoir accès sans droits de douane. À cette fin, il parcourt le globe pour négocier des accords de libre-échange et était encore en Turquie la semaine dernière.

Dans ce cadre, il a renoué avec des États comme l’Arabie saoudite, l’Inde ou la Chine avec lesquels les relations avaient été tendues, voire rompues, sous le mandat de l’ex-Premier ministre Justin Trudeau.

Et assume d’être moins regardant que son prédécesseur sur les droits humains, assurant en juillet ne pas vouloir faire “la leçon” à Riyad sur cette question.

La défense est un autre aspect majeur de cette transformation.

Son budget va être quadruplé d’ici 2030, selon M. Carney et le Canada mise de plus en plus sur des fournisseurs non-américains pour son matériel militaire comme l’a montré la commande cet été de sa nouvelle flotte de sous-marins à l’allemand Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS).

Un virage “inévitable” selon Maxwell Cameron, professeur de science politique à l’université de Colombie-Britannique. “Si nous commençons à voir les États-Unis comme une menace potentielle pour notre propre souveraineté, nous ne pouvons pas nous reposer sur eux pour notre défense. Nous devons donc réduire les risques”, dit l’universitaire.

– Critiques émergentes –

Au-delà des partenariats commerciaux, la réorientation de l’économie passe par le lancement de grands projets: oléoduc pour amener le pétrole jusqu’à la côte Pacifique afin de l’exporter en Asie, investissements dans les infrastructures portuaires ou dans l’extraction de matières premières stratégiques…

Et afin d’accélérer le tempo, le gouvernement veut que les projets d’intérêt national reçoivent un feu vert définitif en un an maximum pour rassurer les investisseurs.

Favorisée par sa posture face à Donald Trump, la popularité de Mark Carney reste élevée. Mais les critiques commencent à émerger et se cristallisent justement autour du projet de loi sur l’accélération des grands projets, notamment pétroliers, dénoncé par plusieurs partis d’opposition et groupes écologistes.

“On retourne des décennies en arrière en matière d’environnement”, a déclaré la semaine dernière Patrick Bonin, un député fédéral du Bloc Québécois (indépendantiste), en accusant le gouvernement Carney de “profiter de la crise tarifaire” pour faire passer ses réformes.

Maxwell Cameron s’attend à un “retour de bâton” pour Mark Carney sur la question environnementale qui compte pour l’opinion publique canadienne.

Et à long terme, selon Geneviève Tellier, “la plus grosse menace” pour lui, “c’est le départ de Donald Trump” car il deviendra alors “un Premier ministre qui gère une situation normale” sans la “menace imminente existentielle” que représente le président américain pour le Canada.

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