Par Michel LAGACÉ
Jour après jour, les médias nous rappellent impitoyablement que trop de nos concitoyens éprouvent beaucoup de difficulté à vivre une vie convenable. Le nombre de personnes sans abri ne cesse d’augmenter, tout comme le nombre de toxicomanes, de victimes de surdoses et encore d’autres qui souffrent de troubles de santé mentale. La méthamphétamine ravage les rues de Winnipeg et le fentanyl ajoute une dimension mortelle à cette urgence de santé publique.
Pas surprenant alors que les services d’urgence sont débordés, et les temps d’attente aux urgences des hôpitaux demeurent obstinément élevés. Surtout au centre-ville de Winnipeg, de plus en plus de résidents, de commerçants et de propriétaires d’entreprises dénoncent la recrudescence des actes de violence gratuite, la consommation de drogue en public et le chaos généralisé.
Le plus récent indice de la dégradation de notre bien-être collectif vient d’être annoncé : le Manitoba est aujourd’hui la seule province du pays à avoir déclaré l’état d’urgence sanitaire à cause de la forte augmentation du taux d’infection du VIH (le virus de l’immunodéficience humaine). Et malgré l’attention et le financement accrus des gouvernements, la situation sociale de la province semble continuer de s’aggraver.
Le gouvernement du Manitoba a investi des ressources considérables dans le programme « Your Way Home », son plan pour mettre fin à l’itinérance chronique. Il vise à lutter contre l’itinérance en relogeant les personnes sans abri dans des logements stables et permanents tout en leur offrant un accompagnement social et de santé. Malgré ces efforts, il semblerait que le nombre de personnes sans abri augmente même si le programme permet à un plus grand nombre d’entre elles d’accéder à des logements supervisés.
Des organismes à but non lucratif travaillent de pair avec les gouvernements pour lutter contre la précarité sociale. Mais eux aussi connaissent des difficultés. Par exemple, au mois de février, Siloam Mission, un des plus grands refuges pour les sans abri, a nommé Sonia Prevost-Derbecker au poste de directrice générale, sa troisième directrice générale en trois ans. Une semaine plus tard, des employés ont demandé qu’elle soit destituée; bien que femme autochtone elle-même, elle aurait fait des remarques désobligeantes et dénigrantes à propos des peuples autochtones.
Début mai, cette même directrice générale a annoncé la mise à pied de seize personnes à partir du 1er juin à cause d’un déficit prévu de 4 millions $ (les dépenses ont été de 18,8 millions $ l’an dernier). C’est dire que la lutte contre l’itinérance, la pauvreté et la toxicodépendance exige de plus en plus d’efforts alors que les moyens disponibles pour mener cette lutte n’augmentent pas.
Face à la situation actuelle au Manitoba, il ne peut être question de baisser les bras. Nos concitoyens ont besoin de soutien. Et puisque des élections municipales sont prévues pour le 28 octobre, il serait important de rappeler aux candidats qui se présenteront qu’ils doivent faire leur part pour réduire la misère humaine chez nous. Car la pauvreté, l’itinérance, les toxicomanies et les problèmes de santé mentale sont le problème de nous tous.