Si le musée vise une réouverture progressive dès octobre, la facture continue de grimper et cette aide ne suffira pas à achever les travaux de restauration.

« Préserver ce lieu, ce n’est pas seulement préserver un bâtiment. C’est préserver notre mémoire. C’est transmettre notre histoire. »

C’est sur ces mots que Ginette Lavack, députée fédérale de Saint-Boniface – Saint-Vital a annoncé un nouvel investissement fédéral de 400 000 $ au nom du ministre Marc Miller pour le Musée de Saint-Boniface.

Un d’anniversaire pour les 175 ans de l’édifice abritant le musée.

Désigné lieu historique national par le gouvernement du Canada en 1958, celui-ci est le plus vieux bâtiment de Winnipeg et, selon le musée, la plus grande structure en rondins de chêne d’Amérique du Nord. Construit entre 1846 et 1851, il était à l’origine le couvent des Sœurs Grises, arrivées à Saint-Boniface depuis le Québec en 1844.

« Depuis 1851, cet édifice a connu plusieurs vies. Il a été un couvent, un hôpital et une école. Il a accueilli, protégé, soigné et enseigné. Il témoigne de l’histoire complexe de Saint-Boniface, de la nation métisse de la rivière Rouge et de la francophonie », énumère la députée fédérale, également secrétaire parlementaire de la ministre des Services aux Autochtones.

Un héritage historique et culturel également souligné par Robert Loiselle, député provincial de Saint-Boniface, qui évoque un bâtiment issu d’une époque où une grande partie de la population du Manitoba était francophone.

Il a d’ailleurs tenu à rappeler le lien particulier qu’il entretient avec le site : « Sur une touche personnelle, c’est le 4 juin 1892 qu’une nouveau-née fut trouvée dans un petit panier sur le perron des Sœurs Grises : Joséphine Perron, nommée par les Sœurs Grises. Connue sous le nom de Joséphine Payette, mon arrière-grand-mère fut rapidement adoptée par sa famille Payette le lendemain. »

Une histoire de famille : À l’item 13 de cette généalogie de Robert Loiselle figure son arrière-grand-mère, Joséphine Payette. Une note raconte que la nouveau-née avait été « exposée à la porte de la Maison Vicariale des R.R. Sœurs de la Charité dites Sœurs Grises », le 4 juin 1892. Elle fut adoptée dès le lendemain par la famille Payette.
Une histoire de famille : À l’item 13 de cette généalogie de Robert Loiselle figure son arrière-grand-mère, Joséphine Payette. Une note raconte que la nouveau-née avait été « exposée à la porte de la Maison Vicariale des R.R. Sœurs de la Charité dites Sœurs Grises », le 4 juin 1892. Elle fut adoptée dès le lendemain par la famille Payette. (photo : Robert Loiselle / Société historique de Saint-Boniface (SHSB)

Une facture qui continue de s’alourdir

Ce nouveau financement, issu du Fonds des legs de Patrimoine canadien, s’ajoute aux sommes déjà annoncées par le Fédéral et aux contributions de la Ville, de la Province et des donateurs privés.

« Avec tous les fonds recueillis jusqu’à date, on est rendu à environ 6,3 millions $ », nous confie Cindy Desrochers, directrice générale du Musée de Saint-Boniface.

Dans le détail, transmis à La Liberté dans un courriel, le Fédéral contribue à hauteur de 3,67 millions $ et la Province de 1 375 920 $, dont 520 000 $ dirigés vers la Ville de Winnipeg pour le musée.

La Ville apporte pour sa part 378 000 $ de ses propres fonds, tandis que les contributions des fondations et des donateurs privés totalisent 843 000 $.

Il doit notamment permettre au Musée de poursuivre les travaux de restauration du bâtiment historique, fermé au public depuis juin 2024.

Prévue en octobre ou novembre, selon la disponibilité des sous-traitants, la prochaine phase concernera les fenêtres, l’enveloppe extérieure et l’accessibilité de l’entrée principale.

« Et justement, ces fonds-là vont nous aider à procéder avec cette phase de travail », déclare Cindy Desrochers. Chaque façade devra ainsi être mise à nu jusqu’aux billots de chêne afin de mieux protéger la structure contre l’humidité.

La restauration des fenêtres extérieures, particulièrement coûteuse en raison du caractère unique de chaque ouverture, est prévue lors de la prochaine phase des travaux.
La restauration des fenêtres extérieures, particulièrement coûteuse en raison du caractère unique de chaque ouverture, est prévue lors de la prochaine phase des travaux. (photo : Malik Lassoued)

Interrogée en juin dernier lors de l’AGA des Amis du Musée de Saint-Boniface, la directrice annonçait qu’il restait 700 000 $ à trouver.

Trois mois plus tard, malgré les nouveaux 400 000 $, le manque reste pourtant du même ordre : entre 600 000 et 700 000 $, selon son estimation.

« Nous avons déjà reçu du soutien financier généreux, gouvernemental, et les dons privés. Mais, la vérité, nous avons besoin de plus pour accomplir ce projet. Comme pour tous les projets de rénovation, privés ou publics, il y a toujours des surprises et des défis. Mais ce projet n’est pas une exception », explique Patricia Bovey, ancienne sénatrice du Manitoba et coprésidente de la campagne de financement du Musée.

Une facture qui continue ainsi de s’alourdir au fil des travaux, des problèmes rencontrés et des contraintes patrimoniales.

Sous l’effet de l’inflation, chaque report, notamment celui des travaux de la cour, désormais prévus en 2027, contribuent à accentuer cette hausse, explique Cindy Desrochers.

« À chaque mois qui est perdu, les coûts augmentent. »

Une réouverture en vue

Malgré tout,  le chantier a bien progressé  depuis le mois de juin : les travaux de climatisation, de chauffage et de renforcement de la toiture ont été achevés.

De nouvelles poutres ont notamment été installées pour renforcer la charpente aux côtés de celles déjà posées dans les années 1960 et 1990.

Mesurant jusqu’à 100 pieds, les nouvelles poutres venues renforcer la charpente ont dû être rentrées par les fenêtres pour pouvoir être installées.
Mesurant jusqu’à 100 pieds, les nouvelles poutres venues renforcer la charpente ont dû être rentrées par les fenêtres pour pouvoir être installées. (photo : Malik Lassoued)

Plusieurs pompes à chaleur ont aussi été ajoutées et permettront de mieux réguler la température du bâtiment, pour le confort des visiteurs comme des employés et la préservation des œuvres et de la structure en bois, explique Cindy Desrochers.

Grâce à ces avancées, le site pourra donc bien rouvrir comme prévu cette année, de manière progressive.

Dans un premier temps, entre le 15 et le 29 septembre, le musée quittera ses bureaux temporaires du 219, boulevard Provencher, pour ses nouveaux bureaux aménagés sous le toit du 494, avenue Taché.

Ensuite, pendant les deux premières semaines d’octobre, certaines expositions y seront installées et le reste suivra dans les mois suivants.

« On est tellement content de revenir chez nous. Les espaces au 219 sont incroyables, mais c’est pas notre chez nous », se réjouit la directrice générale du Musée.

Durant les 12 prochains mois, le Musée prévoit de lancer une programmation anniversaire pour commémorer les 175 ans du bâtiment.

Dénommé « 175 voix », le projet est lié aux 400 000 $ de Patrimoine canadien : « Nous voulons recueillir la mémoire des gens qui ont appris ici, qui ont travaillé ici, qui ont peut-être visité le musée, qui y ont célébré un évènement, qui y ont fait une découverte ou qui y ont trouvé une partie de leur propre histoire », précise Cindy Desrochers.

Les travaux se poursuivront en parallèle afin de pouvoir léguer aux générations futures cet héritage de la francophonie manitobaine.

Un enjeu de transmission souligné par Robert Loiselle : « Notre musée de Saint-Boniface restera témoin des chapitres à venir pour encore bien longtemps. »

Initiative de journalisme local