Jusqu’au 31 mai, une collecte de livres annuelle est organisée par les organismes Prison Libraries Committee et Bar None pour soutenir les personnes incarcérées au Manitoba et leurs familles.
En prison, un livre représente plus qu’un passe-temps : c’est une fenêtre sur le monde extérieur, un accès vital à l’information ou même un rare lien avec sa langue et sa culture.
C’est la raison pour laquelle Prison Libraries Committee (PLC) et Bar None organisent pour la 9e année consécutive leur campagne de don de livres, en bon état, dans plusieurs points de collecte à Winnipeg durant tout le mois de mai.
PLC, qui relève de la Manitoba Library Association, travaille à améliorer l’accès aux livres et aux services de bibliothèque dans les prisons provinciales du Manitoba.
Bar None, de son côté, vient en aide aux familles de personnes incarcérées confrontées à des obstacles logistiques ou économiques.
Grâce à un service de covoiturage bénévole, l’organisme leur permet de rendre visite à leurs proches dans les établissements pénitenciers peu accessibles.
Cette année, c’est d’ailleurs l’occasion de transformer une bonne action en visite au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP).
Nouvellement partenaire, celui-ci propose une offre « deux pour un » aux personnes qui déposent des livres à cet emplacement : pour une entrée achetée, une entrée est offerte.
Une contribution qui semble déjà porter ses fruits, puisqu’un très grand nombre de livres y a déjà été recueilli.
Dans le quartier de Saint-Boniface, Thyme Cafe and Books, sur l’avenue Taché, figure également parmi les points de dépôt disponibles.
Que deviennent les livres donnés?
Une fois collectés, le sort réservé aux livres est double.
Une partie sera envoyée directement dans l’une des sept prisons du Manitoba, selon les besoins et demandes spécifiques des détenus.
Quant au reste, ils seront vendus lors de la Book and Bake Sale, organisée par PLC et Bar None le samedi 13 juin prochain de 10 h à 15 h à la First Mennonite Church, sur Notre-Dame.
Décrite par la présidente du PLC, Ashley Huot, comme « la vente qui regroupe la meilleure sélection de livres de la ville », les visiteurs pourront aussi y trouver de délicieuses pâtisseries et des créations de perlage de Women Helping Women Beadwork, réalisées par des femmes autochtones incarcérées.
La vente fonctionnera selon un modèle de contribution volontaire : « L’objectif, c’est aussi de rendre les livres accessibles à notre communauté. Oui, c’est une collecte de fonds, mais les gens peuvent venir et contribuer selon leurs moyens financiers », explique Ashley Huot.
Les profits tirés de cette vente seront divisés entre PLC et Bar None.
Ils permettront, d’une part, de financer l’achat de livres plus difficiles à obtenir par dons, notamment des ouvrages autochtones plus coûteux, ainsi que de financer la venue d’artistes et auteurs pour les ateliers organisés par PLC dans les prisons.
D’autre part, ils soutiendront le service de covoiturage de Bar None, qui permet aux familles de rendre visite à leurs proches incarcérés.
L’évènement constitue d’ailleurs la principale source de financement des deux organismes, qui en dépendent pour assurer une partie importante de leurs activités.
Un accès encore limité derrière les barreaux
Pour Ashley Huot, l’initiative de PLC vise à combler un manque bien réel dans les établissements correctionnels provinciaux.
Avant sa création en 2012, aucun service équivalent n’était réellement proposé : « Avant, les prisons recevaient surtout des livres donnés au hasard. Ce n’étaient pas nécessairement des ouvrages de grande qualité. »
Encore aujourd’hui, le niveau d’accès aux livres demeure loin d’être idéal.
Contrairement à une bibliothèque publique, il n’existe pas toujours de processus fluide permettant aux personnes incarcérées de trouver facilement un livre en particulier.
L’idéal, estime-t-elle, serait d’avoir de véritables bibliothèques dans toutes les prisons.
Afin de pallier ces déficiences, le comité cherche à structurer cet accès, non seulement à la lecture, mais aussi à l’information et à la culture.
C’est dans cette optique qu’il propose par exemple une collection d’information juridique.
Une collection d’ouvrages autochtones, la Joe Big George Memorial Collection, a également été mise en place dans chaque prison provinciale du Manitoba.
Il s’agissait de répondre aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, dans un contexte de surreprésentation des personnes autochtones dans le système carcéral.
Répondre aux besoins linguistiques des personnes incarcérées représente aussi un défi pour l’organisme, qui s’efforce de rendre accessibles des ouvrages dans différentes langues.
Le processus repose principalement sur les demandes exprimées, mais acheminer un livre précis à une personne en particulier demeure un défi logistique en milieu carcéral.
« Nous croyons vraiment qu’il est important que les gens aient accès à des livres dans leur propre langue », souligne Ashley Huot.
Du côté des livres en français, la demande existe bien, même si elle reste plus limitée dans une population carcérale majoritairement anglophone. PLC souhaite donc maintenir une sélection disponible.
« Les dons de livres en français sont les bienvenus », rappelle la présidente du comité.
Ainsi, derrière une collecte de livres en apparence simple, les deux organismes poursuivent un même objectif : préserver des liens. Des liens avec la lecture, l’information, la langue, mais aussi avec les proches restés à l’extérieur.