Le club de curling Heather est présent dans le quartier de Saint-Boniface depuis 1915.
Aujourd’hui, il compte parmi ses membres des joueurs amateurs de tous âges, dont un nombre croissant de francophones.
Richard (Dick) Van Wellegham s’assoit derrière un grand bureau en bois; la sonnerie intermittente du téléphone vient troubler l’atmosphère par ailleurs calme des bureaux de son cabinet d’avocats.
En face de lui se trouve Réginald Robert, qui tient sur ses genoux une photo imprimée de lui-même en compagnie de quelques amis.
Cependant, ces deux hommes ne sont pas là pour discuter de droit ni pour se charger d’une nouvelle affaire.
Ce qui les réunit aujourd’hui, c’est plutôt leur passion commune pour le curling, et, plus particulièrement, le club dont ils sont tous deux membres : le club de curling Heather.
La camaraderie entre les deux hommes est évidente dans leur badinage, tous deux soulignant le travail incontournable de l’autre sur la glace et au sein des conseils d’administration.
Ensemble, ils évoquent et partagent des souvenirs, anciens et récents, de leur temps comme membres du club.

Les origines populaires du club
Le club de curling Heather a été fondé dans le quartier Norwood en 1915 par des travailleurs locaux afin de s’occuper avec des collègues après les heures de travail.
Au fil des années suivantes, le club a attiré plusieurs nouveaux membres de toute la communauté, en raison de ses sept pistes de curling — un nombre particulièrement élevé comparativement à la plupart des clubs de l’époque.
Parmi eux figurait Dick Van Wellegham, l’actuel président du club, qui l’a rejoint en 1950 avec son père.
Il a ainsi été témoin des nombreux changements et succès du club au fil des décennies, notamment dans les années 1960, lorsque celui-ci s’est retrouvé dans l’impossibilité d’entretenir ses installations de l’époque.
Ces difficultés ont conduit le club à vendre son terrain et à construire sa deuxième patinoire, dotée cette fois de huit pistes.
Ce nombre a officiellement valu au club la deuxième place au classement des clubs de curling comptant le plus grand nombre de pistes dans la ville, juste derrière le Granite Curling Club et ses neuf pistes.
Le nouveau site a été inauguré en décembre 1965, et sert depuis lors de siège aux activités du club.
Dick Van Wellegham attribue notamment à l’emplacement du club, situé dans le quartier de Saint-Boniface, le nombre de membres francophones qui l’ont rejoint.
Cependant, le club n’a pas toujours compté un grand nombre de membres francophones.
Selon lui, ce n’est qu’avec l’ouverture de sa deuxième patinoire en 1965 qu’ils ont pu accueillir davantage de joueurs francophones dans leurs ligues.
De plus, bien qu’il soit possible que l’attrait de cette nouvelle patinoire ait incité des membres francophones à rejoindre le club, il estime plutôt que c’est la dissolution de plusieurs équipes exclusivement francophones — ainsi que la fermeture de plusieurs anciennes patinoires à travers la ville — qui a été à l’origine de l’augmentation du nombre d’adhérents.
« Ils sont tout simplement venus, et leur population a tout simplement augmenté », déclare-t-il.
« Maintenant, notre club est entièrement bilingue. »
Retrouver un passe-temps chéri
Parmi les membres francophones du club se trouve Réginald Robert.
Il a joué au sein de plusieurs équipes, anglophones comme francophones, et joue maintenant avec une équipe bilingue composée de ses amis.
« J’ai rejoint le club il y a environ douze ans, mais j’ai toujours vraiment aimé ce sport », affirme-t-il.
Il évoque sa jeunesse à Saint-Adolphe, où il a commencé sa carrière sportive par le curling. C’est également à Saint-Adolphe qu’il a créé son entreprise de déneigement, qui l’occupait pendant l’hiver.
De ce fait, il a dû renoncer à son passe-temps favori pendant plusieurs années, jusqu’à sa retraite.
En tant que francophone, il s’intéressait tout particulièrement à un club accueillant des membres francophones ou ayant des liens avec la culture francophone.
C’est pourquoi il s’estime chanceux d’avoir entendu parler du club de curling Heather.
Pendant cette période, il a participé au club comme joueur supplémentaire avec quelques équipes différentes, avant de déménager à Winnipeg, où il a pu trouver le temps de continuer à jouer avec le club plus fréquemment.
Parmi les quatre membres de son équipe actuelle, deux autres sont francophones.
Et, bien que Dick Van Wellegham ne soit pas francophone lui-même, il affirme que leur présence au club l’aide à pratiquer son français de temps en temps. Il avoue particulièrement vouloir souhaiter la bienvenue à ses collègues dans leur langue préférée.
« Mais je trouve qu’après ça, ils s’emballent vraiment et se mettent à parler trop vite pour que je puisse les suivre! » remarque-t-il en plaisantant.
Les bienfaits du curling sur la santé
Un autre élément qui incite Réginald Robert à rester sur la glace est le bienfait que le curling apporte à sa santé.
Alors qu’il tirait autrefois la pierre lorsqu’il jouait à Saint-Adolphe, il admet que ce n’est plus une partie du sport qu’il peut pratiquer en raison de ses problèmes de genoux et de dos.
Malgré cela, il ne considère pas le passage au poste de balayeur comme un inconvénient. Selon lui, balayer la glace est de toute façon bénéfique pour son cœur.
C’est également de cette manière qu’il a présenté à ses amis l’idée de rejoindre le club, soulignant la manière dont ils pourraient rester actifs en vieillissant.
Cette affirmation n’est pas sans fondement : les bienfaits du curling pour la santé ont été largement démontrés et comprennent notamment une amélioration de la santé cardiovasculaire due aux températures froides, un meilleur équilibre grâce à la position debout sur la glace et un renforcement des muscles des bras.
Les bienfaits de ce sport pour la santé cognitive, liés à l’importance accordée à la stratégie, sont également reconnus.
« Les personnes me demandent où je vais si fréquemment, et je leur dis que je vais à mon gym. Mais en vérité, je vais au club de curling, car pour moi, c’est ma gym. Ça fait du bien de se lever et de sortir plusieurs fois par semaine », partage-t-il.
Même s’il admet avoir rarement remporté la médaille d’or dans ces tournois, il est fier de ses victoires quoi qu’il en soit.
De son côté, Dick Van Wellegham exhorte : « Il n’y a ni gagnants ni perdants, seulement de l’or et de l’argent. »
À ses yeux, cela contribue à préserver l’esprit convivial des ligues, d’autant plus qu’aucun de leurs membres n’est professionnel.
« Nous ne jouons pas pour gagner. Nous sommes tous là pour nous amuser, jouer entre amis, puis passer un moment ensemble autour d’un verre et de sandwichs. Enfin, c’est la camaraderie qui prime. »
La saison 2026-2027 du club de curling Heather débute ce 5 octobre.
Les joueurs de tous âges, de tous genres, de toutes origines linguistiques et de tous niveaux sont les bienvenus.

