Le rapport de Femmes et sport au Canada intitulé Le Signal de ralliement 2024 (Rally Report 2024) a révélé que 41 % des filles canadiennes âgées de 3 à 17 ans ne participent pas au sport, et que plus d’une sur cinq parmi celles qui pratiquent un sport l’abandonnent à l’adolescence.
Le phénomène, observé à l’échelle canadienne, préoccupe Sport Manitoba, qui a lancé la campagne Girls Got Game le 8 septembre 2026 pour tenter de maintenir les filles dans le sport pendant cette période charnière.
Cette campagne s’adresse notamment aux filles de 13 à 17 ans ainsi qu’aux parents de filles de 6 à 12 ans.
Son objectif : renforcer leur sentiment d’appartenance au milieu sportif et leur rappeler qu’elles y ont leur place.
Durant cette campagne Sport Manitoba diffusera sur son site Web et ses réseaux sociaux des témoignages, des ressources et de l’information sur les programmes offerts aux filles et aux familles de partout dans la province.
L’initiative comprend aussi une subvention, la Women to Watch Grant, et un programme destiné aux entraîneuses du Manitoba, le Female Mentorship Program.
L’organisme en profitera également pour mieux faire connaître des ressources nationales telles que le Programme d’apprentissage pour entraîneuses des Jeux du Canada (Women in Coaching Canada Games Apprenticeship Program) et le module Gender Equity LENS de Femmes et sport au Canada.
Cette campagne publique est axée spécifiquement sur le sentiment d’appartenance.
« L’un des principaux constats qui ressort de nombreuses recherches sur les femmes et les filles dans le sport est que les filles recherchent un sentiment d’appartenance à une communauté. Elles recherchent une compréhension collective, un moyen de créer des liens avec leurs pairs. C’est pourquoi nous avons adopté cette approche », détaille Amber Marra, directrice marque et partenariat, auprès de Sport Manitoba.
Une période où tout change
Amber Marra explique que le décrochage intervient généralement autour de la puberté.
À cette période, les changements physiques et émotionnels s’accompagnent d’une transformation des priorités et de la manière dont les jeunes filles perçoivent leur place dans leur environnement.
« Les pressions familiales sont beaucoup plus fortes, notamment en raison des différences culturelles. Les attentes envers les filles évoluent avec l’âge », détaille-t-elle.
À cela s’ajoutent les problèmes de confiance en soi et les difficultés financières, qui peuvent également constituer des obstacles à la poursuite d’une activité sportive.
Pour elle, il ne suffit donc pas de proposer davantage d’activités sportives. Il faut également comprendre ce qui pourrait donner aux filles l’envie de poursuivre la pratique du sport.
Le besoin de trouver sa place
Le sentiment d’appartenance occupe une place centrale dans l’approche de Sport Manitoba.
Selon Amber Marra, les jeunes filles recherchent d’abord un sentiment d’appartenance collective.
Lorsqu’elles sont plus jeunes, le sport peut être une façon de se faire des amies et de partager une activité.
En grandissant, entre 11 et 13 ans notamment, cette relation évolue : elles cherchent davantage à faire des activités qui leur plaisent sur le plan individuel.
C’est précisément sur cette dimension que Sport Manitoba souhaite agir avec Girls Got Game.
L’organisme avait auparavant organisé différents évènements et activités destinées aux filles, mais a constaté qu’ils rejoignaient souvent les mêmes participantes.
Il a donc décidé de revoir son approche afin de rejoindre un public plus large, dans l’ensemble de la province.
La campagne ne repose ainsi pas uniquement sur des évènements ponctuels.
Elle mise sur une présence médiatique et sur la diffusion d’informations concernant les ressources disponibles pour les filles et leurs familles.
L’argent, un autre obstacle
Le coût de la pratique sportive peut également devenir un problème lorsque les jeunes grandissent.
Les frais d’inscription, l’équipement, les déplacements ou encore les compétitions peuvent représenter des dépenses importantes pour certaines familles.
Sport Manitoba rappelle l’existence de plusieurs dispositifs d’aide.
KidSport peut notamment fournir jusqu’à 300 $ aux enfants de moins de 18 ans issus de familles éligibles, à faible revenu.
La campagne fait également connaître la subvention Women to Watch, qui peut soutenir les athlètes, les entraîneurs et les officiels admissibles jusqu’à concurrence de 500 $.
La date limite de candidature mentionnée par Sport Manitoba est le 15 octobre.
Girls Got Game n’est toutefois pas un programme de financement.
La campagne vise plutôt à faire connaître ces ressources et à aider les filles, les familles et les acteurs du milieu sportif à savoir qu’elles existent.
Changer aussi les mentalités
Pour Sport Manitoba, maintenir les filles dans le sport ne concerne pas seulement les jeunes.
L’environnement dans lequel elles pratiquent leur activité joue également un rôle.
Amber Marra se souvient d’avoir elle-même rencontré des obstacles lorsqu’elle était enfant.
Elle raconte notamment avoir voulu participer à des activités sportives, mais avoir parfois eu le sentiment que les garçons ne lui donnaient pas la possibilité de jouer parce qu’elle était une fille.
Elle estime qu’un changement de mentalité est nécessaire pour que le sport soit véritablement perçu comme un espace où chacun et chacune a sa place.
« Faire en sorte que les femmes et les filles se sentent pleinement intégrées au sport est un effort collectif », souligne-t-elle.
De huit à seize ans
Sport Manitoba ne s’attend pas à ce que les effets de la campagne soient immédiatement mesurables.
L’organisme veut plutôt observer, avec le temps, une participation plus régulière des filles à mesure qu’elles deviennent plus âgées.
L’objectif formulé par Amber Marra est concret : voir une fille qui commence un sport à huit ans continuer à pratiquer et à participer à des compétitions à 16 ans.
Sport Manitoba à travers la campagne Girls Got Game cherche ainsi à répondre à une question qui dépasse la seule pratique sportive : comment faire en sorte que les filles continuent de considérer le sport comme un espace où elles peuvent évoluer, se construire et trouver leur place?




