Par Raymond CLÉMENT
Le Canada a connu en 2023 une poussée démographique record d’un million de personnes et une autre de 1,2 million en 2024. En 2025, l’augmentation n’a été que de 389 324 personnes. En 2025, le Canada a connu un déclin de 76 068 personnes au 3e trimestre et un autre déclin de 103 504 personnes au 4e trimestre.
L’immigration : entre permanente et non-permanente
Grosso modo, l’immigration canadienne est répartie entre l’immigration permanente et l’immigration non-permanente. L’immigration permanente inclut l’immigration économique, familiale, les réfugiés et l’humanitaire. L’immigration non-permanente inclut les travailleurs temporaires et les étudiants.
L’immigration permanente, et surtout l’immigration non-permanente, ont augmenté très rapidement en 2023 et 2024, l’année où le Fédéral a décidé de donner un coup de frein au nombre d’étudiants universitaires.
Une décision qui a eu des répercussions réelles pour un bon nombre d’institutions universitaires. Un seul exemple : dans mon ancien patelin d’Otterburne, le Collège Providence (anciennement Collège Saint-Joseph) est en train de réduire son personnel et son budget de fonctionnement.
Pour mieux comprendre comment on en est arrivé là, un retour en arrière s’impose.
Le double impact du taux de fécondité et de l’espérance de vie
En 1959, vers la fin de la période du baby-boom, le taux de fécondité canadien était de 3,85 enfants/femme et l’espérance de vie s’élevait à 70 ans. En 2024, le taux de fécondité a drastiquement chuté à 1,25 enfant/femme et l’espérance de vie a formidablement augmenté à 83 ans.
Cette double tendance démographique a fait passer l’âge moyen de 25 ans en 1959 à 41 ans en 2025.
Pour bien saisir les conséquences de cette dynamique, il faut regarder l’évolution des tranches d’âge (appelées cohortes). Le bien-être économique de la cohorte des 0-14 ans et celle des 65 ans et plus repose sur la population ouvrière, les 15-64 ans.
En 1971, le ratio 0-14 ans/population totale était de 29 %, tandis que le ratio de la population des 65 ans et plus/population totale était de 8 %. Autrement dit, il y avait au-delà de trois fois plus de jeunes que d’aînés.
En 2025, ces ratios se sont complètement inversés, passant de 29 % à 15 % pour les jeunes et de 8 % à 19 % pour les aînés. Notons que le nombre d’aînés va continuer à augmenter à l’avenir, quel que soit le nombre d’immigrants.
Le marché du travail a aussi été transformé depuis 1990. En 1990, 74 % des travailleurs avaient 45 ans et moins. En 2025, ce pourcentage est tombé à 60 % et 40 % des travailleurs ont 45 ans et plus.
Le recours à l’immigration est impératif
Le Canada est plus que jamais obligé de développer des cibles d’immigration, réparties entre immigrants permanents et non-permanents. La question cruciale étant : comment s’y prendre?
Car en plus de perdre le contrôle sur les cibles d’immigrants entre 2022 et 2024, le gouvernement fédéral ne possède pas une bonne banque de données pour surveiller les allers et les retours des immigrants non-permanents.
Évidemment, l’immigration n’est pas la solution magique pour résoudre les problèmes liés à notre démographie. Chose certaine, les cibles d’immigration doivent être développées en visant un équilibre entre la croissance de la population et les disponibilités en matière de logements, des soins de santé et l’état du marché de l’emploi.
À ce complexe jeu d’équilibre s’ajoute un autre défi. En effet, lorsque les immigrants sont placés en région pour augmenter la population locale, leur tendance est de vouloir intégrer les centres de grandes villes, là où l’accès à des logements est limité, en plus d’être dispendieux.
Reconnaissons-le franchement : le dilemme démographique canadien nous oblige à tenter de solutionner le casse-tête de la quadrature du cercle.