« Si tu penses comme moi, tu es mon frère. Si tu ne penses pas comme moi, tu es deux fois mon frère : une fois parce que la nature humaine nous unit, et une autre fois parce que tu m’apportes un autre aspect du monde. »
C’est dans son ouvrage publié aux éditions L’Harmattan, Libération des intelligences : Une chance pour l’Afrique et pour le monde, que Mamadou Ndiaye cite l’auteur et historien malien, Amadou Hampâté Bâ.
Mamadou Ndiaye est consultant financier de formation et dirige son cabinet, CATIM-CAFMI Inc., indépendant à Winnipeg. Avant de s’installer au Manitoba avec sa famille il y a 15 ans, il a notamment été directeur de l’Agence de promotion des investissements et d’une institution financière au Mali.
En décembre 2025, il publie son premier livre, Libération des intelligences.
Après des évènements organisés au Mali, en France et à Bruxelles, une séance de dédicace s’est tenue le 23 mai à l’Accueil francophone, à l’initiative de l’Amicale de la francophonie multiculturelle du Manitoba en partenariat avec l’Association des Maliens au Manitoba.
Le mois prochain, des dédicaces auront lieu à Ottawa et à Montréal.
L’intelligence comme objet de réflexion
Mamadou Ndiaye propose ce livre comme « une invitation à une réflexion collective sur une question fondamentale qui taraude les esprits : est-ce que les humains aujourd’hui, nous agissons avec nos intelligences? »
« Qu’est-ce qui ferait en sorte que les humains n’utilisent pas leur intelligence pour agir? Et de quelle intelligence parle-t-on? »
Telles sont les questions qu’aborde l’auteur dans son ouvrage. À titre d’exemple, il propose plusieurs dimensions du concept, telles que « l’intellect, l’intelligence relationnelle, l’intelligence émotionnelle, ainsi que l’intuition », parmi d’autres.
Dans son questionnement, l’auteur suggère ainsi trois pathologies qui inhibent l’utilisation de notre intelligence
« D’abord, il y a la certitude », propose-t-il, « car un principal ferment de l’intelligence, c’est de douter, de remettre en question. »
Il évoque aussi la titrisation : « C’est le fait de donner des titres à des concepts, des idées, ou des mots, de les encadrer comme dans des paquets fermés qu’on n’a pas le droit d’ouvrir ou de questionner. Avec la colonisation en Afrique, par exemple, si un système est qualifié de démocratie, alors tout le monde doit l’accepter comme tel. »
Et le dernier, « c’est le binaire », évoque l’auteur.
« Soit on est dans le bon, soit on est dans le mal, soit on est démocrate ou on est dictateur, et ainsi de suite. Ça nous prive de toute la richesse du gris, des nuances qu’il y a entre le blanc et le noir. Pourtant, c’est la richesse du réel. »
Une pensée qui vient de soi
Libération des intelligences est son premier ouvrage, mais l’écriture n’est pas une nouveauté pour lui : « J’ai toujours écrit dans le cadre de mon activité de consultant », explique Mamadou Ndiaye. C’est notamment une sagesse qui provient de l’expérience qui trace la ligne de pensée de l’auteur, qui décrit son livre comme « le fruit d’un certain nombre de questionnements, d’expériences, de tout un parcours et de leçons tirées du monde d’aujourd’hui. »
Il nous en dit un peu plus sur le cheminement intellectuel qui l’a conduit à écrire ce livre, un projet qui lui tenait à cœur depuis plusieurs années : « À l’approche de la retraite, j’avais accumulé un capital de questionnements », explique-t-il.
« Tout au long de mon parcours, j’ai rencontré tellement de personnes brillantes et intéressantes. Je me suis rendu compte que ce n’est pas l’intelligence qui fait défaut aux gens. Je me suis toutefois demandé s’ils exploitaient réellement tout leur potentiel. C’est une question qui m’a amené à beaucoup réfléchir. »
Les concepts abordés peuvent rappeler des notions philosophiques comme celles d’Emmanuel Kant, parmi d’autres, qui prônait la pensée humaine indépendante, et l’utilisation du raisonnement dans le but de progression.
Toutefois, sans formation philosophique ou littéraire, Mamadou Ndiaye évoque : « Justement, le thème de mon livre, c’est que nous avons beaucoup pensé avec l’intelligence des autres. »
Il ajoute : « Les concepts dont nous disposons aujourd’hui ne sont pas neutres. C’est le produit de l’intelligence de quelqu’un. Les pays africains ont évolué pendant des années, sans exploiter leur propre potentiel civilisationnel, ou économique, en raison de la colonisation. »
Sur l’intelligence artificielle
Désormais, un autre enjeu se pose autour de l’intelligence humaine.
« Pour combler le tout, on a aujourd’hui ce qu’on appelle l’intelligence artificielle », exprime-t-il.
« De nos jours, on a de moins en moins besoin de réfléchir avec notre intelligence. Surtout la nouvelle génération, où on voit que la capacité de concentration est réduite. »
Il exprime l’urgence de s’adresser à plusieurs publics, notamment aux jeunes gens : « Ils ont grandi dans un monde interconnecté, où il y a une abondance de connaissances, et une agression de produits de l’intelligence des autres », rappelle-t-il.
« Il faut un réveil pour se rendre compte que chacun a la capacité de réfléchir par soi-même, d’utiliser sa propre intelligence et ne pas être le fruit de l’intelligence d’autrui, et surtout pas de l’intelligence artificielle. »
Mamadou Ndiaye laisse entendre qu’un deuxième tome de cet ouvrage pourrait voir le jour à l’avenir.
Dorénavant, l’auteur exhorte le monde à « exploiter son potentiel cognitif, à faire usage de son intelligence pour sauver notre humanité », confie celui qui se définit humblement comme « un simple financier et non un philosophe ».