À la demande de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, des chercheurs de plusieurs universités et de Ressources naturelles Canada ont développé un test capable de distinguer en moins de 24 heures la spongieuse volante de sa cousine européenne.

Un outil clé pour protéger les forêts canadiennes contre cet insecte ravageur venu d’Asie.

Parmi la grande diversité d’insectes présents en Amérique du Nord, il en est certains qui se rangent dans une catégorie particulière : les ravageurs forestiers.

Aussi appelés insectes défoliateurs, les spécimens les plus connus au Canada sont, entre autres, l’agrile du frêne ou encore la tordeuse des bourgeons de l’épinette; un nom particulièrement long pour une si petite bestiole qui, en dépit de sa taille, s’avère être l’insecte le plus destructeur des forêts de conifères du continent nord-américain.

À cette liste s’ajoute une autre espèce qui inquiète les chercheurs : la spongieuse volante. Il s’agit d’un papillon de nuit que l’on trouve sur la côte est de l’Asie, soit en Chine, en Corée du Sud, en Russie et dans l’archipel du Japon.

Sandrine Picq, chercheure scientifique en génomique des populations d’insectes forestiers à Ressources naturelles Canada indique que « l’Agence canadienne d’inspection des aliments, considèrent ces papillons-là, à haut risque d’être introduits au Canada ».

Une arrivée sur le territoire qui se fait principalement via les ports maritimes.

Ces papillons sont attirés par les sources de lumière, or lorsque les porte-conteneurs sont chargés de nuit, les spots lumineux attirent les femelles qui viennent pondre des masses d’œufs sur les navires.

Là où les choses se compliquent pour l’Agence canadienne d’inspection des aliments, c’est qu’il existe déjà une espèce de spongieuse en Amérique du Nord et que les deux sont difficilement dissociables.

« La spongieuse européenne a été introduite depuis la France dans la région de Boston il y a 150 ans. On la trouve désormais dans la région des Grands Lacs, dans les maritimes au Québec et une grande partie de l’Ontario. Parce que les femelles pondent leurs œufs un peu partout, notamment sur les véhicules récréatifs, on en avait détecté quelques spécimens au Manitoba en 2021. »

Photo d’une chenille de spongieuse volante en Mongolie.
Photo d’une chenille de spongieuse volante en Mongolie. (photo : gracieuseté – USDA (U.S. Department of Agriculture) Forest service)

Danger pour les forêts

Ces espèces posent un danger pour nos forêts, car les chenilles se nourrissent des feuilles des arbres. Elles peuvent aussi provoquer de fortes réactions allergiques chez l’être humain.

Toutefois, il n’existe aujourd’hui aucune restriction règlementaire lorsqu’il s’agit de la spongieuse européenne, ce qui n’est pas le cas pour la spongieuse volante.

Cette dernière est jugée d’autant plus dangereuse, car, les femelles sont capables de voler, contrairement aux spongieuses européennes, de pondre ses œufs sur n’importe quelle surface et les chenilles sont capables de se nourrir de plus de 600 espèces d’arbres et d’arbustes.

« Les arbres lorsqu’ils perdent leurs feuilles, par exemple les chênes, sont capables d’en reproduire, indique la chercheuse. Le problème c’est qu’avec les changements climatiques et la récurrence d’évènements climatiques assez forts, il faut imaginer que les arbres sont très sollicités et leur capacité de réponse à un défeuillage peut être limitée. »

En raison du coût en énergie élevé, l’arbre peut en mourir.

Aujourd’hui l’on tient un moyen efficace de repérer ces nuisibles, avant, qu’ils ne débarquent dans nos ports : à la demande de l’ACIA, des chercheurs de l’Université Laval, de l’Université de la Colombie-Britannique et de Ressources naturelles Canada ont mis au point un test diagnostique moléculaire qui permet de distinguer les spongieuses européennes des spongieuses volantes en moins de 24 heures.

Intervention

Lorsque les bateaux quittent l’Asie pour les ports canadiens, une première inspection locale est réalisée. Mais un certain pourcentage des bateaux seront tout de même inspectés au large des côtes par des inspecteurs canadiens.

Les tests sont réalisés à Ottawa et le test apporte une réponse en « deux ou trois heures ».

« Si l’on détecte une spongieuse volante, le bateau est amené à retourner dans les eaux internationales et à se nettoyer. »

Les conséquences économiques peuvent donc être importantes. Il arrive cependant que certains spécimens échappent aux contrôles et se retrouvent dans nos forêts.

À noter que la première région concernée est la Colombie-Britannique en raison de son accès direct au marché asiatique.

Il arrive que des spongieuses volantes soient repérées après s’être établies au Canada. Dans ce cas-là, les coûts d’intervention sont beaucoup plus élevés.

« On va traiter avec de l’insecticide, que l’on appelle Btk (Bacillus thuringiensis subsp. Kurstaki) et ça coûte cher. Des millions de $. Les études montrent que le Btk a un impact sur la faune locale l’année de son utilisation. Les espèces de papillons reviennent ensuite. Il se dégrade assez rapidement et l’on concentre sa dispersion sur la canopée. »

Sandrine Picq souligne malgré tout qu’il faut poursuivre les études sur l’impact de cet insecticide.