Étudiant, comédien, animateur, improvisateur, mais surtout : Métis. Voilà ce qui pourrait résumer Barney Morin, un jeune Franco-Manitobain semi-hyperactif. Fier de ses origines métisses, il a choisi un sujet emblématique pour son projet de fin d’études : la création d’un podcast audio sur l’histoire de ce peuple, simplement intitulé Being Metis. Portrait d’un homme qui n’a pas la langue dans sa poche.

Par Morgane LEMÉE

Discuter avec Barney Morin, cela peut durer assez longtemps. Le jeune homme a tant de choses à dire. Conteur dans l’âme, il saute d’histoires en histoires. « Excuse-moi de te donner autant de détails », qu’il dit, « c’est comme ça que je raconte mes histoires ». Beaucoup de passion, impossible de décrocher.

Le Franco-Manitobain, âgé de 26 ans, est originaire de Otterburne, au Sud du Manitoba. Aujourd’hui, Saint-Boniface est chez lui. Impliqué sur de nombreux fronts, une chose ressort sans cesse : son identité métisse. Justement, c’est dans cette veine que Barney Morin se lance dans un nouveau projet qui lui correspond parfaitement.

À la veille d’obtenir son double diplôme en communications créatives de Red River College, il s’est décidé sur son projet de fin d’année : la création d’un podcast audio, Being Metis.

Dans ce podcast, il partage l’histoire des Métis, mais aussi sa propre histoire. Car, bien qu’il embrasse cette culture et cette identité aujourd’hui, le jeune homme ne l’a pas toujours su. C’est ce qu’il partage dans le premier épisode du podcast, diffusé en ligne il y a quelques semaines. (1)

« J’avais 13 ou 14 ans. Ma grand-mère me l’a dit un jour, comme ça. Je n’avais aucune idée de ce que cela voulait dire! Ce n’était pas comme un gros secret, mais c’est juste qu’on en n’avait jamais parlé. Et il y a beaucoup de familles comme ça, qui l’ont caché. On en vient à aller chercher une génération perdue. »

Barney Morin explique qu’il voulait rendre service à la communauté, tout en faisant quelque chose qui lui fasse plaisir à lui aussi. « Pour ce projet, je voulais choisir quelque chose qui me passionne, qui soit sérieux et intéressant pour la discussion, tout en ayant du fun. Et parler de l’histoire des Métis m’est venu presque instantanément.

« Je souhaite rassembler toutes mes connaissances sur leur histoire et les partager. En toute honnêteté, je pense que notre société est dans une grande crise d’identité. J’essaye d’amener la conversation à un certain point, où on se comprend. »

Avec ce sujet, Barney Morin voit beaucoup plus qu’un « projet indépendant et professionnel ». « Ce podcast, c’est pour le peuple. C’est pour apprendre l’histoire des Métis et avoir des conversations sur notre futur. L’identité métisse pose souvent question, c’est parfois un sujet délicat. Les personnes qui veulent en apprendre plus au sujet des métisses ne sont pas obligées de lire 20 livres. »

« Je veux créer une place plus accessible, d’humain à humain, où on peut rassembler ces informations. J’utilise ce podcast comme une grande motivation pour découvrir mon métissage. J’aimerais que les autres Métis, qu’ils soient cachés, curieux ou déjà bien éduqués, qu’ils écoutent Being Metis, et qu’on discute. »

« J’aimerais que les autres Métis, qu’ils soient cachés, curieux ou déjà bien éduqués, qu’ils écoutent Being Metis, et qu’on discute. »

Toutes ces connaissances, Barney Morin les a acquises notamment durant l’été, dans un endroit phare où il passe beaucoup de temps depuis quatre ans : le Fort Gibraltar, où il incarne (justement) un homme libre métisse. « Travailler au Fort Gibraltar, c’est un excellent moyen pour moi d’en savoir toujours plus sur les Métis. Au fur et à mesure, je faisais de plus en plus de recherches sur les Premières Nations, l’histoire du Fort… J’ai énormément appris! »

« Et puis j’ai remarqué que, chaque jour, je parle avec des gens qui connaissent très peu, voire pas du tout, l’histoire des Métis. Certains n’ont absolument aucune idée de qui on est. Ils veulent apprendre. Je prends ça comme une sorte d’expérience. Quel message frappant pourrais-je partager avec les gens? Qu’est-ce que je pourrais leur dire qui les intriguerait, sans non plus les déboussoler? Je veux faire réfléchir. »

Ça veut dire quoi Being Metis? « C’est encore une grosse question. » C’est la réponse de Barney Morin. Ce qui est sûr, c’est qu’il est métis, se sent métis, vit métis. C’est une question d’identité. « Je ne sais pas si c’est ma personnalité ou juste l’éternel jeune en moi, mais toute cette culture me correspond totalement. Même si je l’ai appris plus tard. L’esprit libre, la nature, la chasse, la pêche, le gouvernement autonome. C’est une vision qui me correspond. »

Ce projet demande énormément de temps et de d’implication à Barney Morin. Tellement de temps que, trois fois par semaine, l’étudiant se lève à 4 h 00 du matin pour consacrer quelques heures de son temps à son podcast. Car il n’y a pas beaucoup de temps libre dans l’horaire du Franco-Manitobain hyper sociable. Et hors de question de sacrifier tous ces projets qui animent le bon vivant : D’la Bonne Grub, une émission de télévision culinaire qui explore la culture et l’histoire franco-manitobaine que Barney Morin présente, du stand-up comedy ou bien la Ligue d’improvisation du Manitoba.

Dans ses podcats, Barney Morin fait venir des musiciens ou des intervenants comme le président de la Manitoba Métis Federation, David Chartrand, ou la productrice métisse Janelle Wookey. D’autres surprises sont à venir dans les prochains épisodes, au rythme d’un épisode par semaine, jusqu’à huit. Enfin, pour l’instant.

(1) Rendez-vous sur www.beingmetis.ca pour retrouver la totalité des podcasts Being Metis.

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