Elle raconte aujourd’hui comment cette révélation a transformé son rapport à elle-même et nourri son désir de sensibilisation.

Enfant déjà, Lise Fiola sait qu’elle est différente. Dans les couloirs de l’école Pointe-des-Chênes, en salle de classe, elle se sent surmenée, en proie aux maux de tête, aux maux de ventre, elle s’épuise facilement.

Aussi, elle a du mal à socialiser, elle ne comprend pas les comportements de ses camarades, ce que l’on attend d’elle.

« Je me sentais mal dans ma peau. » Ses professeurs s’inquiètent, on l’encourage à communiquer davantage. Malgré tout, elle se fait des amis et son parcours scolaire est réussi.

Arrivé à l’âge adulte, « il me semblait que les choses étaient plus faciles pour les autres. Je me demandais pourquoi c’était si épuisant pour moi ».

Aujourd’hui elle occupe le poste de directrice des opérations et de l’amélioration pour Santé Manitoba.

Mettre des mots sur un ressenti

Et c’est en partie grâce à sa carrière dans le milieu médical que Lise Fiola va pouvoir mettre un nom sur ce qu’elle ressent depuis toutes ces années.

« Il y avait plus de sensibilisation par rapport à l’autisme, alors j’ai commencé à faire mes propres recherches et au début je me disais : non ça ne se peut pas. »

Derrière cette réflexion initiale se cache un biais scientifique.

Les critères de l’autisme ont longtemps été définis à partir d’observation chez les hommes.

On estimait d’ailleurs que l’autisme touchait davantage les hommes.

Demetra Hajidiacos est la directrice générale du Autism Learning Centre et la présidente de Autism Manitoba, elle explique la raison derrière ce biais.

« Les filles présentent différemment des garçons. Elles apprennent à masquer et sourire. Les garçons peuvent être plus vocaux. »

Les choses commencent à évoluer aujourd’hui et les certitudes scientifiques vacillent doucement.

L’autisme se présente différemment chez les femmes, certes, mais pour chaque individu il prend une forme différente.

Soulagement

Finalement, c’est à l’âge de 47 ans que Lise Fiola est officiellement diagnostiquée autiste.

« Je me suis sentie soulagée, je pouvais enfin m’expliquer pourquoi ma vie était tellement difficile, ce n’était pas parce que j’étais une mauvaise personne. C’était la pièce du casse-tête qu’il me manquait. »

Pour le processus de diagnostic de l’autisme, ce dernier est entièrement clinique est doit être posé par un psychologue clinicien.

En dépit d’un manque de connaissance, Lise Fiola a pu compter sur le soutien de sa famille.

En particulier de la part de son mari et de ses deux enfants qui « ont tout de suite compris ».

Car dans sa vie d’adulte, son autisme tire parfois les ficelles de ses réactions.

Sans réactions violentes, Lise Fiola va se renfermer sur elle-même, s’isoler et cesser la communication.

Un quotidien qui change

Cette révélation aura en tout cas eu pour effet de changer son quotidien.

« Tout au long de ma vie, il y a eu beaucoup de camouflage et c’était épuisant. Alors j’essaie de la cacher de moins en moins, mais c’est encore difficile, mais je le fais de plus en plus avec ma famille et les gens auprès de qui je me sens très à l’aise.

« Je m’accepte beau-coup mieux, j’ai des communications qui sont plus authentiques. Je protège mon énergie, mon temps, je prends soin de moi-même. Même si ce n’est pas parfait », admet-elle.

Si elle s’efforce encore à porter un masque, c’est que l’autisme est encore trop souvent stigmatisé.

C’est en partie pour cela que Lise Fiola souhaitait communiquer à propos de son vécu, pour « donner un autre visage à l’autisme ».

Et à cette fin, Lise Fiola a lancé son blogue, Awkward Moments.

Un simple blogue, qu’elle alimente depuis l’été 2025 et dans lequel elle partage des anecdotes ou des moments de vie avec beaucoup d’humour.

« C’est un peu de sensibilisation, mais c’est aussi ma façon de connecter », explique-t-elle, car le site internet permet également de rejoindre un forum où les gens peuvent partager leurs expériences.

« Je veux que les gens puissent apprendre quelque chose, rire un peu et réaliser que les gens peuvent paraître bien dans leur peau sans forcément l’être. De faire disparaître la stigmatisation, et sensibiliser. Surtout pour les femmes qui n’ont pas eu de diagnostic. »

En plus de s’exprimer sur son blogue, Lise Fiola laisse aussi parler sa créativité avec la fabrication de bijoux à travers son entreprise Lise Fiola Creations.

Un exutoire pour elle

« Le fait de travailler avec mes mains, c’est comme si le stress ou toutes les frustrations de la journée sortent. Même si je me sens épuisée, dès que je commence à faire des bijoux, mon corps se calme. C’est quelque chose que je fais depuis une vingtaine d’années. »

En partageant son histoire, elle espère aider d’autres femmes autistes non diagnostiquées à mieux comprendre leurs forces. Il est important de le souligner encore une fois, mais l’autisme est un spectre, en ce sens il se manifeste d’autant de manières qu’il y a d’individus concernés.

Et si l’on en croit Demetra Hajidiacos, le cas de Lise Fiola n’est pas un cas isolé.

« Nous recevons beaucoup d’appels de la part d’adultes, qui viennent tout juste de recevoir un diagnostic ou qui cherchent à en avoir un. C’est principalement dû au fait qu’il y a aujourd’hui une meilleure compréhension de ce qu’est l’autisme et la stigmatisation, si elle existe toujours, est peut-être moins importante. »

Autism Manitoba offre du soutien et des ressources aux personnes autistes, mais l’organisme permet également d’orienter les personnes qui en ont besoin dans la bonne direction, sans frais.

« Il y a un certain nombre de professionnels dans la province qui sont spécialisés et peuvent aider les adultes autistes à composer avec leur diagnostic et vivre leur meilleure vie sur le spectre. »

Demetra Hajidiacos, elle-même maman d’un enfant autiste de 20 ans, encourage les personnes, peu importe leur âge, qui sont ou ont le sentiment d’être sur le spectre de l’autisme à prendre contact avec Autism Manitoba.

Initiative de journalisme local