À Lorette, le Centre Les Blés d’or est bien plus qu’une salle communautaire.

Depuis des décennies, des générations de bénévoles y maintiennent un espace où les aînés francophones peuvent se retrouver, parler français et vaincre l’isolement.

Après quelques semaines de rénovations, le Centre des Blés d’or, à Lorette, ouvre à nouveau ses portes.

C’est un milieu de rencontre pour les aînés francophones qui s’est maintenu à travers les générations.

La Liberté en a discuté avec André LeGal, Jeannine Porteous et Gisèle Fiola, trois membres actifs du club.

Pour André LeGal, le président de l’organisme, c’est nécessaire de préserver un tel endroit au cœur du village.

« Moi, j’ai été élevé ici à Lorette, explique-t-il, j’ai quitté pour ma carrière mais je suis revenu au Manitoba. D’être bénévole ici, c’est une façon de redonner à mes racines. C’est ici que j’ai grandi et c’est un vrai privilège que de contribuer, d’accompagner nos aînés qui ont bâti ce petit village. »

Il a ainsi pris le flambeau de sa mère, qui s’est longtemps impliquée dans le centre communautaire.

« J’ai été très inspiré par son exemple. C’est maintenant à mon tour, au tour de ma génération, de s’impliquer. »

« C’est des francophones qui ont fondé le club, c’était un peu avant 1973, raconte Gisèle Fiola, la mère d’André LeGal. Ça se faisait alors dans les maisons, avant qu’on ait un espace. C’était une Caisse populaire ici et quand la caisse est partie, il y avait cette petite bâtisse. Puis on a demandé si on pouvait l’utiliser pour se rencontrer. Éventuellement, on a vu qu’on manquait de place. Donc on a fait des grandes rénovations en 1984 pour avoir plus d’espace. »

Depuis plus de cinquante ans, l’organisme offre aux personnes de 50 ans et plus un espace où ils peuvent se rassembler, jouer à des jeux de cartes, au billard, et discuter. Ils organisent également des activités de bricolage et des soupers, des occasions d’échanger autour d’un bon repas.

Selon Gisèle Fiola, bien qu’ils accueillent aussi des anglophones, c’était primordial de conserver le caractère francophone du centre communautaire.

« C’est notre chez-nous en dehors de la maison. Ici on se sent accueillis, on se fait des amis, on apprend des nouvelles du village. Et surtout, ça se passe en français. »

Des bénévoles, de génération en génération

C’est un milieu qui s’est bâti sur plusieurs générations, raconte André LeGal. Jeannine Porteous, une bénévole de longue date, est bien d’accord avec ça.

Sa mère, Alma Desautels, faisait partie des fondatrices du club.

« S’il y a quelque chose que ma mère a fait beaucoup, c’est demander des octrois, raconte Jeannine Porteous. Oh mon Dieu, il n’y avait plus de fin! Elle le faisait parce que la francophonie c’était tellement important pour elle. Mais c’était un gros travail pour ramasser des sous, ça a pris des générations. »

Elle remonte alors aux débuts du centre, lorsque les aînés du village commençaient à se rassembler pour socialiser.

« Ma mère était très impliquée avec beaucoup d’autres. Ils se rassemblaient ici et faisaient toute sorte d’affaires, des potlucks, des bingos, des parties de cartes. Rapidement, le nombre d’adhérents a augmenté jusqu’à atteindre 105 membres en 1984 », se souvient Jeannine Porteous avec un brin de nostalgie.

Lever les fonds nécessaires, ça a été l’œuvre de plusieurs personnes à travers les années.

« Sans les bénévoles, le club n’existe pas. C’est de l’argent et du temps, c’est ce qui en fait un travail communautaire », rappelle André LeGal.

C’est également ce qui a permis une mise à jour importante de leur cuisine.

Une modernisation nécessaire, selon André LeGal, puisque le club organise souvent des repas et loue fréquemment la salle pour toute sorte d’activités.

« C’était important pour nos membres que d’avoir une cuisine conforme aux normes provinciales. On avait une cuisine propre, mais résidentielle. Maintenant, tout est neuf, on n’aura pas à refaire cette cuisine-là pendant longtemps. »

Cela accompagne la mission du club, celle de rester un endroit accessible.

« On n’est pas un organisme à but lucratif, soutient Gisèle Fiola, on veut respecter que les aînés ont souvent un budget restreint. On ne va jamais louer la salle à 1 000$ et on donne des repas à des prix abordables. »

Vaincre l’isolement des aînés

Le Centre des Blés d’or de Lorette accomplit une mission importante dans la communauté selon André LeGal.

« C’est critique que nos aînés aient un lieu pour socialiser. De se voir, de jaser, d’échanger des idées. On veut que nos aînés qui ont bâti ce village soient toujours les bienvenus. »

Il n’y a personne qui est laissé derrière, renchérit Gisèle Fiola.

« On ne veut pas qu’il y ait des aînés qui se retrouvent isolés. Même ceux qui ne peuvent pas sortir de la maison, on en a peut-être quatre ou cinq à Lorette, il y a une bénévole qui va leur livrer des repas. Ils ne peuvent pas nous joindre, mais ils reçoivent un bon repas chaud. Pour leur dire qu’ils ne sont pas seuls, qu’on pense à eux.  »

Jeannine Porteous a vécu de près cette réalité.

« Je me souviens de quelque chose que Gisèle m’a dit une fois, ajoute-t-elle. C’était avant qu’André revienne au village. Elle m’a dit “Une chance que j’ai ce club ici où je peux venir ”, parce qu’elle s’ennuyait seule chez elle. C’est ça la mission du club, it’s our home away from home ».

L’attachement des membres du club au Centre des Blés d’or est frappant. Après un peu plus de deux mois de travaux, ils avaient bien hâte d’y revenir.

C’est l’occasion de manger les repas du chef en bonne compagnie, de discuter entre amis.

Même ceux qui ne mangent pas avec les autres ont l’habitude de les rejoindre après le souper, raconte André LeGal. Ils restent souvent jusqu’à tard pour jouer au billard et aux cartes.

« On voit qu’être retraité amène certains avantages. On va les prendre câline! »