En misant sur des matériaux renouvelables et une méthode différente d’isolation, cette entreprise locale fait le pari de l’abordabilité à long terme.
« Il y en a plusieurs des entreprises qui font du greenwashing, ils se peinturent dans le développement durable, l’affichent sur le site web : Écologique! Nous, on l’est pour vrai », c’est ce qu’affirme Éric Gosselin, directeur général de Sun Certified.
La Liberté l’a rencontré dans l’atelier de sa compagnie, un vaste espace de travail garni de matériaux en bois, de maquettes et de murs de maisons.
Cette société de construction de logements a des méthodes bien particulières, notamment pour l’isolation des maisons.
Les travailleurs utilisent des matériaux organiques pour créer une épaisse couche d’isolation à base de papier et de carton.
« La première chose qu’on fait, c’est utiliser des matières organiques, alors du bois et de la fibre cellulosique. Et il y en a beaucoup dans l’enveloppe du bâtiment, pour renforcer l’isolation », explique Éric Gosselin.
La compagnie privilégie les matériaux renouvelables, ce qui la démarque des autres sociétés dans le domaine.
« Pour l’isolation, quand on utilise du bois, c’est renouvelable. On pourra toujours planter d’autres arbres, et ça va repousser. Chez les constructeurs standards, c’est de la mousse ou du rockwool, fait à base de pétrole ou de minéraux. »
Cette volonté d’accorder plus d’importance à l’environnement dans le domaine de l’habitation, c’est ce qui a mené à la création de Sun Certified.
« Le grand-père de Donald, l’un des cinq co-fondateurs, avait commencé à construire puis il s’est dit : On va tourner la maison vers le sud parce qu’en hiver, le soleil chauffe la maison, une façon d’utiliser l’énergie du soleil dans les années 1950. »
La famille de Donald Proven, le président de l’entreprise, a continué de bâtir en innovant en matière d’environnement.
« L’oncle de Donald, en 1978, a construit une maison avec des murs plus isolants, plus épais. C’est-à-dire, pourquoi chauffer une maison avec des petits murs qui font partir la chaleur? »
Au fil des années, ils ont continué à améliorer leur technique, en ajoutant des mécanismes de récupération de la chaleur.
« La première maison construite avec ce système-là s’appelle Modified Wilson Trust, c’était en 1996. Puis cette maison-là, les propriétaires y sont encore. Ils n’ont jamais eu de problème », affirme Éric Gosselin.
L’enjeu du logement
Sun Certified construit présentement une maison par année, un nombre qu’Éric Gosselin aimerait bien voir augmenter. Selon lui, ils auraient les moyens d’en construire beaucoup plus.
« On sait qu’il y a une crise du logement dans les villages francophones. Je le vois partout. Il y a des maisons collées, des duplexes, mais je suis certain qu’il y en a besoin de beaucoup plus. C’est juste qu’ils ne savent pas encore qu’on existe. »
Cependant, les prix du marché sont un défi pour la firme, Éric Gosselin ne le nie pas.
Selon lui, les gens ne veulent pas payer plus cher pour une maison écoénergétique, ce qui finit par être un problème à long terme.
« Oui, c’est pas cher maintenant. Ils peuvent avoir sauvé 20 000 $, mais plus tard, ils vont dépenser plus. Quand on dit qu’on est abordables, on veut dire abordable à long terme. C’est le principe d’acheter un char qui est vraiment cheap et de payer pour des réparations et devoir changer le moteur. »
Un avantage des logements construits par la coopérative, selon Éric Gosselin, ce sont les économies réalisées sur l’électricité.
« Au creux de l’hiver, on peut chauffer toute une maison avec deux séchoirs à cheveux. À ce point-là, les coûts énergétiques, c’est juste les coûts de base. »
Il espère commencer à construire du multilogement, ce qui est davantage en phase avec la demande du marché, et s’associer davantage aux organismes municipaux, pour répondre aux besoins locaux
Engagé dans les coopératives
Éric Gosselin a toujours eu un intérêt pour les entreprises coopératives.
Il a connu Sun Certified alors qu’il travaillait pour la coopérative Vélocité et qu’il cherchait une entreprise pour des rénovations.
« Je trouvais ça pas mal intéressant d’avoir une compagnie de constructeurs qui est une coopérative. C’est très écoénergétique, moi j’appuie la cause », dit-il en mentionnant qu’il est devenu membre à ce moment-là.
Il aime bien cette idée de se rassembler autour d’un but commun : « C’est ça une coopérative ». Les coopératives dans lesquelles il a travaillé n’œuvrent pas pour faire des profits, c’est ce qui inspire Éric Gosselin.
« Le but, c’est d’avoir des salaires pour des gens qui travaillent ici et pour réaliser des constructions résilientes et écologiques. Pas les profits. »
Cette culture coopérative, Éric Gosselin l’a entretenue dès son plus jeune âge.
« Mes parents, ils avaient une pensée sociale. Ma mère est co-fondatrice de Pluri-elles, un organisme revendicateur pour les droits des femmes francophones. »
De s’investir dans une coopérative, selon Éric Gosselin, c’est une façon de refuser l’ordre établi et de prendre le contrôle de son destin.
À son avis, ça s’inscrit dans la continuité de son héritage franco-manitobain.
« Le fait d’être dans une minorité linguistique, surtout dans les années 1980, il fallait se battre et exiger. Venant de ce milieu-là, ça influence la façon dont j’opère. »

