Par Bernard BOCQUEL

Dans notre monde canadien où l’accent est mis sur le respect de la diversité pour favoriser l’ambition sociale que nous sommes tous égaux en droit, on ne saurait badiner avec la discrimination. Tout un arsenal de mesures a été mis en place pour lutter contre les diverses formes de discriminations raciales, sexuelles, ethniques, religieuses.

À Vancouver, un Français cherche à plaider la « discrimination culturelle ». En Colombie-Britannique, quand une personne s’estime victime de discrimination, elle peut faire appel au Tribunal des droits de la personne, qui décide de la recevabilité de la plainte.

La plainte du Français a fait l’objet d’une couverture médiatique internationale au moment où elle a été jugée recevable. (1) Le quotidien français Le Figaro a présenté l’affaire ainsi : « Un serveur français licencié par un restaurateur canadien pour agressivité envers ses collègues a plaidé que son attitude n’était pas due à un quelconque manque de politesse, mais à sa culture française. »

Guillaume Rey, le plaignant, affirme avoir été licencié en raison de « la perception que sa culture française le faisait paraître agressif ». Car un Français aurait tendance à se montrer « plus direct et plus expressif » dans la pratique des « standards élevés » appris dans l’industrie hôtelière française. Ce qui revient à dire en gros : C’est quand même pas de ma faute si vous avez des idées reçues sur les Français et que vous les Canadiens faites les gentilsgentils pour compenser un manque de compétences professionnelles.

L’employeur avait demandé le rejet de la plainte, au motif que l’ex-employé avait contrevenu au code de bonne conduite de l’entreprise. Autrement dit : On veut bien que tu sois français, et on sait bien que nos clients t’apprécient, mais c’est quand même pas des raisons suffisantes pour te mettre tes collègues à dos au point où ils ne veulent plus travailler avec toi, tellement tu es «malpoli, agressif et irrespectueux »

Le Tribunal des droits de la personne de Colombie-Britannique a eu l’intelligence de ne pas rejeter la plainte, qui fera l’objet d’une audience à une date ultérieure, encore inconnue. Le moment venu, Guillaume Rey, selon toutes les apparences doté d’un caractère fort, devra expliquer « ce qui, dans son héritage français, provoque une conduite que des gens peuvent mal interpréter dans un environnement professionnel ».

Sans vouloir préjuger du talent de plaideur de Guillaume Rey (Roi, en espagnol) on voit mal comment un « héritage culturel » pourrait handicaper une personne au point de justifier, ou tout simplement d’excuser, son comportement.

En effet, si on choisit de tenter sa chance dans un autre pays, c’est bien parce qu’on espère trouver mieux ailleurs. Ou à tout le moins que l’aventure à l’étranger (voire dans une autre province) donne assez de recul sur soi pour découvrir des dimensions de sa personnalité mal cernables dans sa baignoire culturelle d’origine.

En ce qui concerne la France, la patrie autoproclamée des droits de la personne est une ancienne tête d’Empire qui a un lourd passif colonial, justifié au nom d’une mission civilisatrice. On voudra bien admettre que pour mener à bien pareille entreprise sur le long terme, les premiers à subir le lavage de cerveaux des élites dominatrices ont été les Français eux-mêmes. Leur faire croire qu’ils étaient les meilleurs a eu pour résultat un effet pervers : celui de s’arroger un complexe de supériorité morale, dont certains sont encore affligés.

Ceci souligné, le Canada de la diversité est assez fort pour absorber toutes sortes de tempéraments venus d’autres baignoires culturelles.

(1) Le Figaro.fr a repris le 26 mars 2018 un texte de l’Agence France Presse. Le 27 mars, le Washington Post a publié un article qui commençait ainsi : « Guillaume Rey isn’t rude. He’s just French. »

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