Michel Lagacé.

Par: Michel LAGACÉ


Sans doute par coïncidence, l’heure est au mea culpa en ce qui regarde les services en français offerts par le gouvernement du Manitoba et la Ville de Winnipeg. Presque six ans après l’adoption de la Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine, la Province reconnaît de nombreuses faiblesses dont certaines sont aussi élémentaires que le manque de connaissance par ses employés de leurs obligations à l’égard de la population francophone.

Dans son Rapport sur les services en français 2020-2021 publié ce mois-ci, la Province reconnaît des lacunes sérieuses et nombreuses dans la prestation des services en français. Un exemple de leur détérioration : le nombre de plaintes reçues par le Secrétariat aux affaires francophones est passé de 29 à 86, soit une augmentation de près de 300 % comparé à l’année précédente.

Quant à la Ville de Winnipeg, la gestionnaire des services en français, Nicole Young, répondait à la fin janvier aux plaintes déposées en mars 2021. Ces plaintes concernaient une réunion du comité du patrimoine durant laquelle quatre conseillers municipaux entendaient des présentations sur la vente de l’ancien hôtel de ville de Saint-Boniface. À cette rencontre, aucun service d’interprétation n’était disponible dans la webdiffusion des réunions du comité sur YouTube. Autrement dit, les francophones ont le droit de s’exprimer en français, mais pas de se faire comprendre par un public anglophone qui participe aux réunions du conseil de ville et de ses comités.

Mme Young elle aussi reconnaissait une liste de manquements sérieux dont l’absence de l’offre active, l’usage uniquement de l’anglais dans la correspondance, et l’absence de traduction simultanée des présentations en français et des discussions entre les présentateurs et les élus. Pour remédier à la situation, cinquante ans après la disparition de la Ville de Saint-Boniface, elle propose d’élaborer un plan quinquennal pour « assurer l’interprétation du français à l’anglais non seulement aux élus mais aussi aux participants sur les lieux. » Un plan quinquennal qui pourrait prendre des années à élaborer et à mettre en œuvre à condition que le financement soit assuré.

Tout Manitobain qui tient à utiliser le français pourrait avoir le réflexe habituel de dénoncer le manque de volonté politique de la Province comme de la Ville. Mais on doit bien garder à l’esprit que ce ne sont surtout pas les gouvernements qui ont assuré l’épanouissement du français au Manitoba depuis plus de deux siècles.

La clef principale de la pérennité du français demeure notre propre volonté. Au-delà de toutes les raisons économiques et professionnelles que l’on voudra invoquer pour encourager l’apprentissage du français, la raison fondamentale d’utiliser et de vouloir transmettre cette langue aux générations futures demeure le sens profond d’identité qu’elle véhicule. Au fond, la langue, c’est une affaire personnelle.

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