Ce 28 mai, Sainte-Agathe soufflera ses 150 bougies. Un anniversaire qui permettra aux résidents de se réunir, mais aussi de replonger dans les grandes étapes qui ont façonné le village depuis l’époque de Pointe-à-Grouette.
Le village de Sainte-Agathe, qui borde les rives de la rivière Rouge et de la rivière aux Rats, à près de 40 kilomètres au sud de Winnipeg, fêtera ce 28 mai son 150e anniversaire.
Alors 150 ans, ça fait beaucoup de bougies, certainement trop pour toutes les faire tenir sur un gâteau, mais ça ne veut pas dire qu’on laisse tomber les célébrations.
Ce 28 mai, l’évènement se tiendra près du quai de Sainte-Agathe, où un bateau transportait les voitures d’un côté à l’autre de la rivière, à l’époque où il n’existait pas de pont.
Joel Lemoine, conseiller municipal pour Sainte-Agathe détaille la nature des célébrations.
« Le comité de développement économique de Sainte-Agathe a collaboré avec la municipalité de Ritchot pour faire appel à des orchestres de musiciens locaux. Il y aura donc de la musique, un barbecue gratuit. On saisit l’opportunité pour inviter les gens à faire la fête mais aussi en apprendre un peu sur l’histoire du village. »
150 ans d’histoire
Après tout, en 150 ans, il s’en est passé des choses à Sainte-Agathe, qui n’a d’ailleurs pas toujours porté ce nom-là.
Émilie Pigeon, directrice générale de la Société historique de Saint-Boniface (SHSB) indique que le village s’inscrit au départ dans une très longue histoire autochtone.
« L’histoire de Sainte-Agathe, commence au milieu du 19e siècle. À cette époque, la région, alors appelée Pointe-à-Grouette (avant 1872), était principalement habitée par des familles métisses (chasseurs de bisons, transporteurs et agriculteurs), comme en témoigne le recensement de 1870, qui ne comptait que deux non-Métis parmi ses 157 résidents. »
Guy Gagnon, commissaire de la CSFM pour la région sud et fils du village de Sainte-Agathe ajoute quant à lui que le nom de Pointe-à-Grouette, découle de la famille fondatrice du village, Antoine et Madeleine Grouette (née Nolin) ainsi que leurs trois fils.

Parmi les grandes familles métisses de l’époque, l’on peut citer, entre autres, les familles Morin, Paquin, Nault, Berthelet, Houles, Larocque, Morin, Venne, Vandal, Laberge, Landry, Laferté ou encore les St-Onge. Guy Gagnon avance d’ailleurs qu’en 1870, lorsque le Manitoba devint la cinquième province du Canada, « il y avait sûrement des familles de la Pointe-à-Grouette qui ont fait partie du caucus de l’entourage de Louis Riel ».
Le nom de Sainte-Agathe viendra plus tard, lorsque le curé Noël Ritchot érige une paroisse au sein du village.
Lui-même originaire de Sainte-Agathe au Québec, il renomme le village comme sa ville d’origine.
Après 1870, comme le rappelle Émilie Pigeon, les choses basculent.
« La plupart des Métis perdirent leurs droits et leurs terres en raison de l’incompétence du gouvernement dans la gestion du système de certificats (scrips) et du transfert des titres de propriété des lots riverains de la Compagnie de la Baie d’Hudson. En 1876, Sainte-Agathe fut officiellement reconnue comme une paroisse. »
Comme souvent au Manitoba rural vers la fin du 19e siècle, les églises et les paroisses marquent un moment important dans l’histoire des villages.
Celle de Sainte-Agathe va d’ailleurs jouer un rôle essentiel dans le développement du village.
« Le 11 avril 1876, précise Guy Gagnon, Monseigneur Alexandre Taché, confère le statut officiel à la paroisse Sainte-Agathe. On y comptait 120 familles comme les Beauchamp, les Bélanger, les Gaudry, les Parent et ainsi de suite. »
Dès lors, le diocèse de Saint-Boniface achetait des étendues de terres pour les colons canadiens français qui arrivaient de l’Est, participant activement par là-même, à la croissance du village.
Petites histoires d’églises
L’histoire de Sainte-Agathe compte en réalité trois lieux de culte. Denis St-Onge est né à Sainte-Agathe en 1929.
Avec La Liberté, il est revenu sur l’histoire de son village natal et en particulier de ses églises.
« En 1872, l’Abbé J.B Proulx construit un presbytère, une petite chapelle jaune. Étant devenue trop petite pour la paroisse, l’Abbé Cyrille Samoisette fait construire en 1884 la première église qui servira le village jusqu’en 1939. »
En 1939, sous la direction du curé E. Rocan, les paroissiens démarrent la construction de l’église catholique romaine de Sainte-Agathe, toujours debout aujourd’hui.
« J’avais 10 ans à l’époque, indique Denis St-Onge, j’ai un peu participé à la construction de l’église. J’aidais à décharger les camions qui transportaient les briques de la ville et aussi en nettoyant les briques de la cheminée de l’ancienne église (celle de 1884) qui ont servi, en partie, à la construction de l’actuelle cheminée. »
Le Manitobain se rappelle d’ailleurs qu’une partie des murs de l’ancienne église avait servi à fabriquer une étable pour les chevaux des familles « du large » qui venaient assister aux offices religieux.
En plus des briques et d’une partie des murs, la nouvelle église romaine héritera aussi son autel principal de l’ancien lieu de culte, qui venait d’Italie.
Ainsi se dressaient en son sanctuaire trois autels, au centre, à gauche consacré à St-Joseph et à droite consacré à la vierge Marie.
Vint alors le conseil œcuménique de l’église catholique, le concile Vatican II tenu à Rome de 1962 à 1965 par le pape Jean XXIII.
L’évènement apportera certains changements, l’on pourra citer, l’autorisation de l’utilisation des langues vernaculaires (locales) au lieu du latin durant la messe.
Toujours est-il que, à cette période, l’abbé Adélard Couture est le curé de l’église de Sainte-Agathe.
Et Denis St-Onge se souvient d’un moment « pénible ».
À la suite de Vatican II, l’église a décidé de recentrer les prières sur le christ dans le tabernacle et plus sur les autres saints. Il a donc pris la décision de détruire le maître autel ainsi que les autels latéraux. »
Cependant, en 2014, des villageois ont déterré des éléments de l’ancien autel près de la rivière Rouge.
Confiés au paroissien Richard Dorge, ce dernier avait notamment restauré la reproduction de la Sainte Cène de Michel-Ange, qui trône aujourd’hui encore dans le chœur de l’église de Sainte-Agathe.
L’ère moderne
Avec l’arrivée importante des pionniers canadiens-français, le village se dirige doucement vers une ère de modernisation.
« En 1888, le chemin de fer passe à deux kilomètres du village », souligne Guy Gagnon qui poursuit, « en 1899, les quatre premières religieuses de la congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie arrivent, un couvent est construit, puis une école et c’est la modernisation qui s’accélère. »
En 1908, les premières lignes téléphoniques sont installées, l’on peut aussi mentionner l’installation du Dr Bonin en 1910, le premier docteur du village.
Entre autres choses, Guy Gagnon tenait également à s’attarder sur les traversiers, qui opéraient sur la rivière pour faire traverser les résidents avant la construction du pont Riel qui est inauguré en 1960.
« Il avait couté 640 000 $ à l’époque, en 2026, on a fait une reconstruction complète du pont pour 49 millions, si ça peut te donner une idée de l’inflation. »
Enfin, il y aurait encore bien des choses à raconter à propos de ce village qui, selon les derniers recensements, abrite environ 650 âmes.
D’ailleurs ce 28 mai, Guy Gagnon prendra la parole pour « résumer 150 ans d’histoire en environ cinq minutes », La Liberté lui souhaite donc bonne chance!
Et à Sainte-Agathe, un bel anniversaire.
Initiative de journalisme local
