L’étude de l’Institut Fraser documente comment les Canadiens se déplacent à travers le pays en quête de meilleures opportunités ou d’un cadre de vie différent.
L’analyse de trois décennies de données migratoires révèle des disparités majeures dans l’attractivité des provinces canadiennes.
Parmi les faits saillants, l’on observe notamment que l’Alberta a enregistré le gain net le plus élevé avec 538 824 migrants, soit plus du double de la Colombie-Britannique. C’est la seule province à avoir attiré des migrants nets de toutes les autres juridictions du pays.
Aussi, en chiffres absolus, le Québec (-255 988) et l’Ontario (-168 166) ont connu les pertes nettes les plus importantes. Toutefois, l’Ontario a connu des vagues d’attractivité intermittentes, contrairement au Québec qui a subi une migration nette sortante chaque année de la période étudiée.
L’on peut noter également que proportionnellement à leur population, Terre-Neuve-et-Labrador, le Manitoba et la Saskatchewan ont subi les pertes les plus sévères, perdant environ 10 % de leur base de population de 2025 au profit d’autres provinces.
Catherine Xhardez, membre de l’Équipe de recherche sur l’immigration au Québec et ailleurs, est professeure adjointe au département de science politique de l’Université de Montréal et ses recherches portent sur l’immigration et ses politiques. Elle partage ses impressions sur cette étude.
« L’étude est intéressante, car c’est un sujet dont on parle moins souvent. On est concentré sur la migration internationale, mais on oublie que les gens bougent à l’intérieur du Canada aussi. Ça a des répercussions importantes.
« Ce qui est bien dans le rapport, c’est le temps long, l’on peut voir les dynamiques.
« Autre élément à signaler, c’est que l’étude fait bien la différence entre les chiffres absolus et les chiffres relatifs par rapport à la population. Parfois, un chiffre absolu paraît important. Mais, par exemple, 50 000 personnes en Ontario ou à l’Île-du-Prince-Édouard, en termes proportionnels, c’est totalement différent.
« Quant aux résultats, c’est sûr que l’Alberta, c’est frappant. On le sait, mais là, c’est vraiment objectivé sur plusieurs aspects. Effectivement qu’en termes nets, c’est-à-dire d’arrivée et de départ, c’est toujours positif. Proportionnellement, c’est très important par rapport à la population de l’Alberta.
« Ça veut dire que la migration interprovinciale va quand même vers des hubs qui sont économiques, d’opportunités. »
Autre élément remarquable pour Catherine Xhardez, le rapport de l’Institut Fraser segmente ces mouvements par groupes d’âge et par provinces d’origine, soulignant l’attractivité économique variable des régions.
Pour la tranche d’âge de 18 à 24 ans, seules l’Alberta (+192 329) et la Colombie-Britannique (+20 766) ont attiré ce groupe sur une base nette. Terre-Neuve-et-Labrador a perdu l’équivalent de presque toute sa population de cette tranche d’âge de 2025 (-97,3 %).
Quant aux personnes de 45 à 64 ans et 65 ans et plus, les provinces de l’Atlantique deviennent attractives pour ces groupes. L’Île-du-Prince-Édouard affiche les gains proportionnels les plus élevés pour les 45-64 ans (+10,3 %) et les seniors (+5,2 %).
« Les gens bougent proportionnellement plus en Alberta, mais surtout, l’Alberta est capable d’attirer les jeunes.
« Au contraire, voir un exode des jeunes dans certaines provinces, c’est très difficile d’un point de vue économique, d’un point de vue de l’éducation, d’un point de vue de renouvellement de la population et autres.
« Il y a quand même des enjeux socio-économiques liés à l’âge des personnes », dit Catherine Xhardez.
S’il y a des éléments impondérables liés à la géographie, au territoire ou à l’économie, Catherine Xhardez explique tout de même que les décideurs politiques provinciaux peuvent avoir un impact pour tenter d’inverser des tendances.
« Déjà, il faut dire que la mobilité, c’est l’exception. La majeure partie des gens restent dans leur province, mais on peut jouer à la marge, sur des enjeux de services, d’accès, d’éducation, de politiques de développement de logements.
« Il s’agit en fait de politiques publiques plus généralistes qui ne sont pas directement liées à recruter des gens, mais ce sont des politiques qui prennent en compte les besoins d’une communauté pour qu’elle reste capable de servir la population.
« C’est sûr que ce n’est pas facile, notamment quand il y a des enjeux liés au contexte qui rendent ces services particulièrement coûteux, s’ils sont éloignés, mais il y a quand même des politiques publiques générales où on se dit que c’est ça qui fait que les gens restent. »
