Crédit photo: Chris Black

Une musique angélique a fait vibrer l’église Westminster United de Winnipeg les 24 et 25 février 2018, quand des instrumentistes locaux et un groupe de musiciens du Studio de musique ancienne de Montréal se sont joints au chœur Camerata Nova pour interpréter des chefs d’œuvre du répertoire polyphonique vénitien des 16e et 17e siècles.

Une chronique de Pierre MEUNIER

L’architecture et les matériaux de la basilique Saint-Marc de Venise représentaient un défi de taille pour les compositeurs de la Renaissance. Dans cette immense enceinte où la réverbération est très longue et complexe, comment pouvait-on réussir à produire un son harmonieux et intelligible? Des compositeurs ont eu l’idée de composer des œuvres à plusieurs voix et plusieurs petits chœurs et groupes d’instruments séparés (cori spezzati) répartis en différents points de la basilique. L’effet était stupéfiant. Le son montait vers les voûtes et redescendait avec une clarté telle qu’on avait l’impression d’entendre les voix des anges au paradis. Cette nouvelle forme musicale a rapidement fait école et suscité beaucoup d’intérêt et partout en Europe, attirant de nombreux compositeurs à Venise.

John Wiens, qui a passé quelques années en Europe pour étudier la musique ancienne, a conçu un programme présentant des œuvres de deux précurseurs de ce mouvement musical, Andrea Gabrieli et son neveu Giovanni Gabrieli : la Messe pour 16 voix d’Andrea et quatre motets et cantates de Giovanni. Ils ont aussi interprété de courtes pièces de compositeurs de cette époque que les Gabrieli ont influencés : le français Jachet de Mantoue, le flamand Adrian Willaert, qui fut maître de chapelle de la basilique Saint-Marc de 1527 à sa mort en 1562, et du vénitien Giovanni Antonio Rigatti.

Aux superbes voix des 16 chanteurs de Camerata Nova s’est ajouté le son très particulier des saqueboutes, cornets à bouquin, violoncelle, violon, orgue et théorbe joués par 11 instrumentistes spécialisés en musique ancienne sur instruments d’époque, dont plusieurs venus expressément de Montréal. La plupart d’entre eux ont été formés à l’école de Christopher Jackson (1948 -2015), un spécialiste de la musique ancienne de réputation mondiale qui a fondé et dirigé le Studio de musique ancienne de Montréal. Le petit nombre de chanteurs et d’instrumentistes, compte tenu de la complexité des polyphonies (plusieurs chœurs séparés étaient interprétés par une seule voix), convenait aux dimensions de l’église Westminster United, qui, malgré ses qualités acoustiques exceptionnelles, aurait difficilement pu absorber un volume sonore plus important. Ce concert fut un enchantement. John Wiens a réussi à obtenir un son de très grande qualité. Les voix et les instruments se sont très bien harmonisés malgré des problèmes d’équilibre dans certains passages très complexes. Les passages polyphoniques en divisi étaient bien marqués, même si les chanteurs et musiciens n’étaient pas dispersés dans la salle.

À Winnipeg, il y a malheureusement peu de salles avec un fort taux de réverbération et assez vastes où présenter des œuvres polyphoniques de cette envergure. En mai 2012, dans le cadre de la série Virtuosi, Camerata Nova avait présenté un programme d’œuvres polyphoniques au Convention Hall de l’Université de Winnipeg. Ce fut une expérience musicale d’une beauté sublime, Ross Browmlee, qui dirigeait ce concert, ayant su exploiter parfaitement la configuration et la réverbération de la salle. Cette salle est cependant trop petite pour y présenter des œuvres d’envergure et accueillir un nombre suffisant d’auditeurs. Pour son prochain concert événement de musique ancienne, Camerata Nova pourrait peut-être considérer une salle non conventionnelle offrant de meilleures conditions acoustiques pour ce genre de musique, comme le Celebration Hall du Millenium Center, le hall central de la Gare Union ou la Salle Bonnie & John Buhler du Musée canadien des droits de la personne.

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