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Winnipeg était couverte d’un tapis de neige immaculée en ce 19 décembre 2105, jour de la première présentation de Casse-Noisette par le Royal Winnipeg Ballet, le spectacle familial le plus couru du temps de Noël.

En entrant dans le hall de la salle du Centenaire, on est immédiatement plongé dans une ambiance joyeuse et festive. L’accueil est chaleureux, la salle est décorée de sapins scintillants, on entend des airs de Noël au piano, des dizaines d’enfants vêtus de leurs plus beaux atours, accompagnés de leurs parents ou grands-parents, courent à la rencontre de l’ours venu les saluer et se font prendre en photo dans un élément du décor. Plusieurs jeunes adultes reviennent jeter un regard neuf sur ce spectacle dont ils gardent sans doute un souvenir d’enfant. On retrouvera la même ambiance à l’entracte et à la fin du spectacle, alors que des danseurs en costume viendront dire au revoir et se prêter à des séances de photos.

Dans la salle de concert, un superbe rideau de scène évoquant une ancienne maison cossue de la rue Wellington, dont il ne reste aujourd’hui que la clôture en fer forgé, nous plonge au début du XXe siècle, alors que Winnipeg vit une période de prospérité avant l’éclatement de la Première Guerre mondiale. Avant la levée de rideau, pendant que l’orchestre joue la mémorable ouverture, les enfants patinent devant la maison et jouent au hockey en attendant que la parenté arrive pour le repas de Noël. Déjà on entend les réactions des enfants émerveillés par le décor et amusés par la scène.

Cette production, chorégraphiée en 1999 par Galina Yordanova et Nina Menon, est dansée par une compagnie formée de danseurs venant de tous les horizons (une seule présentement est originaire de Winnipeg), mais mise en scène dans un contexte manitobain et canadien. Casse-Noisette permet à plusieurs enfants de l’école du RWB de faire leurs premiers pas dans un grand ballet classique comme membres de la famille de Clara, petites souris ou petits soldats, et c’est le rêve de toute jeune ballerine de danser le rôle de Clara enfant. Le RWB va encore plus loin en ajoutant des figurants, comme une “famille” d’ours polaires qui s’est agrandie cette année, permettant de faire participer un plus grand nombre d’enfants. Divers chœurs d’enfants de la ville sont invités à chanter la partie vocale à la fin du 1er acte, comme le Winnipeg Boys Choir pour les représentations du 19 décembre. La troupe de danseurs ukrainiens de Winnipeg Verba Ukrainian Dance Company fait partie de la distribution. Le RWB invite aussi des personnalités de Winnipeg comme figurants à chaque représentation, dont la chocolatière Constance Popp et la blogueuse Natalie Bell (PeggCityLovely) pour la soirée du 19 décembre. Cette couleur locale contribue grandement au succès continu de la production.

La mise en scène humoristique, surtout au premier acte, rend le spectacle intéressant et accessible à tous, qu’ils soient familiers ou non avec la danse classique. Elle prend certaines libertés avec le libretto traditionnel. Au premier acte, pendant la fête de Noël, tous quittent la scène pour se rendre à la salle à diner. On assiste alors à l’intrusion d’un ours qui joue à cache-cache avec les serviteurs qui traversent le salon entre la cuisine et la salle à dîner, s’amuse avec les cadeaux des enfants et réussi à mettre la patte sur un gâteau avant d’être découvert et chassé. La bataille contre les souris, dans le rêve de Clara, se transporte devant le parlement à Ottawa et est menée par un détachement de la Gendarmerie Royale. Au départ de Clara et du prince Julien dans la forêt magique, une grande famille d’ours polaires vient leur dire adieu. Au début du 2e acte, on a introduit une scène où l’on se prépare à accueillir Clara et le prince Julien au Royaume des délices en confectionnant un gâteau.

Malgré cette approche fantaisiste, la production comprend plusieurs très beaux numéros de danse. À la fin du premier acte, le pas de deux de Clara et du prince à l’orée de la forêt magique sous un ciel étoilé avec des lueurs d’aurore boréale est dansé avec beaucoup de grâce et d’émotion. La valse des flocons de neiges est exécutée dans un ensemble parfait, pendant que la neige se met à tomber et que les voix d’un chœur d’enfants appellent les jeunes amoureux à s’aventurer dans la forêt. Le 2e acte, dont le premier tableau se déroule au Royaume des délices est plus classique. Après la scène de préparation du gâteau, les numéros de danse se succèdent au cours d’une fête en l’honneur de Clara et Julien. Commençant avec une Valse des fleurs qui a encore une fois mis en évidence la précision et l’élégance du corps de ballet, s’enchaînent la Danse espagnole, la Danse arabe et la Danse chinoise, toutes très bien caractérisées et exécutées à la perfection, et la Danse russe mettant en vedette la Verba Ukrainian Dance Company. Le tableau se termine par un merveilleux pas de deux de Clara et du prince.

La musique de Casse-Noisette est l’une des compositions les plus belles et les plus connues de Tchaïkovski. Dirigé par Tadeusz Biernacki, l’Orchestre symphonique de Winnipeg en a donné une très belle interprétation. Là où j’étais assis, le son me rappelait parfois celui du disque 78 tours sur lequel j’ai entendu pour la première fois la musique de Casse-Noisette quand j’étais enfant, me plongeant dans une douce nostalgie.

Casse-Noisette est un ballet qu’on prend toujours plaisir à revoir et une musique qu’on ne se lasse pas d’entendre. Le plaisir se prolonge lorsqu’en sortant de la salle, la ville est couverte d’un magnifique tapis de neige encore immaculée et que scintillent les lumières de Noël.

Pierre Meunier

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